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Qui se cache derrière cette arrogance? Zlatan Ibrahimovic décrypté par Nicolas Poincaré

LE PORTRAIT DE POINCA - Zlatan Ibrahimovic va faire son retour en sélection suédoise après 5 ans d’absence.

C’est le “retour de Dieu”. Commentaire de Zlatan sur le retour de Zlatan. Sans surprise, il s’est construit depuis toujours cette image d’homme le plus odieux du monde. Arrogant, prétentieux, immodeste.

En débarquant à 16 ans dans le club de Malmö, il annonce: “Retenez bien mon nom et mon visage, je m’appelle Zlatan Ibrahimovic et je vais devenir le meilleur du monde." Plus tard, il dira : "Pas besoin de Ballon d’or pour savoir que je suis le meilleur". Ou bien encore: "Avant moi à Paris, il n’y avait rien". Ou bien: "Je ne fais pas de cadeau à ma femme pour son anniversaire, elle a déjà Zlatan." Et je vous épargne d'autres sorties misogynes ou homophobes.

Une histoire assez tragique

Mais tout cela est un jeu. Il est dans la vie beaucoup moins détestable qu’il en a l’air. Je l’ai même trouvé souriant, disponible, intelligent lorsque je l’avais interviewé pour la sortie de ses mémoires. Le livre s’appelait "Moi Zlatan"... Moi, moi, moi...

Mais l‘histoire qu’il raconte est assez tragique. Fils de Yougoslaves immigrés en Suède. Une mère croate catholique, femme de ménage qui frappe ses enfants. Les services sociaux lui retirent la garde de Zlatan et le confie à son père, Bosniaque musulman. Lorsque la guerre éclate en Bosnie, il a 11 ans. Son père sombre dans l’alcoolisme.

Il écoute toute la journée les nouvelles de Sarajevo en vidant des bouteilles de slibovitch. Le gamin fuit l’appartement et passe son temps à jouer au foot au pied de son HLM. C’est là qu’il a appris, sur ce tout petit terrain, à garder la balle et à ne jamais se laisser bousculer. Et de fait, depuis qu’il mesure 1,95 m. pour 95 kilos, il n’a plus souvent été bousculé sur les terrains.

Nul n’est prophète en son pays. Pas même Zlatan

Après l’Euro 2016, en France, il avait pris sa retraite internationale. Mais les matchs internationaux lui manquaient. Il a lancé quelques appels du pied et finalement le sélectionneur l’a retenu mardi pour les deux prochains matchs qualificatifs pour la Coupe du monde 2022.

C’est le retour de dieu, dit-il, mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’est pas forcément attendu comme le messie. D’abord parce que la modestie en Suède est une vertu cardinale, sa prétention agace, ou plutôt gène beaucoup de Suédois.

Et puis il a brouillé les cartes en devenant récemment actionnaire d’un club de Stockholm qui est le rival de son club d’enfance de Malmö. Et il a réussi à se fâcher avec les supporters des deux villes. Sa grande statue en bronze devant le stade de Malmö a été vandalisée, puis abattue. Nul n’est prophète en son pays. Pas même Zlatan.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)