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Qui va récupérer le magot? 30 tonnes d'or vénézuélien bloquées à Londres dans une étonnante bagarre juridique

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La Cour Suprême britannique se penche à partir de lundi sur 30 tonnes d'or détenues par le Venezuela mais bloquées à Londres. Reviennent-elles au président Nicolas Maduro ou à Juan Guaido, son adversaire reconnu par plusieurs pays ?

Cinq magistrats de la plus haute instance légale britannique écouteront les arguments des deux parties jusqu'à jeudi sur ce litige qui a vu la justice anglaise donner raison à l'une puis à l'autre quant au sort de ces réserves qui représentent plus d'un milliard de dollars.

Le contentieux est une conséquence de l'impasse politique au Venezuela. Son président, Nicolas Maduro, n'est pas reconnu par une cinquantaine de pays, dont les Etats-Unis qui cherchent à l'évincer du pouvoir. Le leader de l'opposition, Juan Guaido, est considéré comme président par intérim par ces pays, mais n'a aucun pouvoir.

Dans ce contexte, le gouvernement vénézuélien, à travers la Banque centrale du Venezuela (BCV), tente depuis trois ans de récupérer quelque 30 tonnes d'or stockées à la Banque d'Angleterre (BoE). Mais l'accès lui est pour l'instant refusé, Londres reconnaissant M. Guaido comme président par intérim.

Face aux refus de la BoE, des avocats représentant la BCV ont lancé une procédure l'an dernier pour pouvoir récupérer ces réserves, affirmant qu'ils veulent les vendre pour financer des mesures de lutte contre la pandémie de Covid-19 dans leur pays. Le gouvernement du Venezuela promet de transférer ces fonds au programme de développement des Nations unies.

Selon eux, le Royaume-Uni continue de reconnaître le président Maduro, notamment à travers ses relations diplomatiques, et les propos du ministre des Affaires étrangères de l'époque, qui avait soutenu M. Guaido, n'y changeaient rien.

La situation est en effet ambigüe. Londres ne reconnait pas la légitimité de la nouvelle chambre et a réitéré son appui à Juan Guaido et l'Assemblée élue en 2015, mais garde toutefois son ambassade à Caracas avec des relations diplomatiques réduites au minimum.

Des décisions contradictoires

Dans le camp Guaido, qui a nommé sa propre direction pour la banque centrale à l'époque où il contrôlait l'Assemblée nationale du pays, on demande à Londres de ne pas toucher aux lingots, assurant qu'ils pourraient sinon servir à réprimer le peuple ou atterrir dans les poches d'un régime "kleptocrate".

Les pro-Guaido ont d'abord obtenu raison devant la justice britannique: en juillet 2020, un tribunal commercial de Londres a statué que le Royaume-Uni avait reconnu Juan Guaido comme président par intérim du Venezuela, et s'est joint à cette décision.

Mais, trois mois plus tard, une cour d'appel a rejeté cette décision, estimant qu'une déclaration politique ne faisait pas office de décision gouvernementale et que l'on pouvait considérer que le gouvernement du Premier ministre britannique Boris Johnson reconnaît de facto l'administration Maduro.

En jeu: toute l'attractivité de la City de Londres et de la Banque d'Angleterre comme lieu de dépôt sûr pour les actifs étrangers

La Cour Suprême a finalement accepté de se pencher sur le litige. Il s'agit de déterminer "si le gouvernement britannique a reconnu le président par intérim Guaido comme chef de l'Etat du Venezuela et si par conséquent toute contestation de la validité des nominations de M. Guaido au conseil d'administration de la Banque centrale du Venezuela peut être légitimement traitée par un tribunal anglais", écrit-elle.

Si la Cour Suprême donnait raison à la direction de la BCV nommée par Juan Guaido, cela formerait un précédent que l'opposition espère pouvoir utiliser afin de récupérer des actifs vénézuéliens déposés dans d'autres banques centrales européennes.

De l'autre bord, un partenaire du cabinet d'avocats Zaiwalla & Co qui représente le conseil d'administration pro-Maduro à la BCV, a lancé une mise en garde lundi: le résultat de cette affaire pourrait "avoir un impact sur l'attractivité de la City de Londres et de la Banque d'Angleterre comme lieu de dépôt sûr pour les actifs étrangers".

La rédaction avec AFP