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Syrie: à Damas, les habitants hantés par "l'enfer" des bombardements

L'armée syrienne a repris totalement l'enclave rebelle de la Ghouta orientale, région près de Damas. Dans la capitale syrienne, les habitants n'ont pas oublié les bombardements qui les ont aussi atteints. Notre envoyée spéciale les a rencontrés.

L'armée syrienne a annoncé samedi avoir repris intégralement l'enclave rebelle dans la Ghouta orientale près de Damas après l'évacuation des derniers insurgés de la ville de Douma, au terme d'une offensive dévastatrice de près de deux mois.

Non loin de là, à Damas, les habitants sont encore marqués par les affrontements. Lorsque nous entrons dans le salon, Christine, 17 ans, est allongée sur le canapé. Ses grands yeux noirs nous observent, mais elle a du mal à nous sourire. Sous son pyjama, on distingue sa jambe droite partiellement brûlée. Sa jambe gauche est coupée à mi-mollet. C’est sa mère qui nous raconte: "C’était le lundi 22 janvier Ma fille rentrait de l’école à pied avec une copine. Un obus de mortier est tombé juste à côté d’elles. Sa copine a été tuée, ma fille a eu la jambe coupée".

"J'ai été hantée par cette journée"

Christine écoute le récit de sa maman, sans rien dire. Puis finalement, accepte de nous dire ce qu’elle ressent: "Je ne peux pas dire que ça va. Je dirais que je suis un peu moins malheureuse qu’au début. Pendant des jours, j'ai été hantée par cette journée, par ce moment où l'obus est tombé, mais maintenant, je ne veux plus y penser. J’essaye de me dire que je vais guérir peu à peu. Et que je vais avoir une prothèse".

Depuis cinq ans, ces quartiers du sud-est de Damas sont la cible de ces armes tirées de puis la Ghouta. Sur le bitume, des traces d'impact caractéristiques comme devant le restaurant de Minas: "C'était le 19 février, le mortier est tombé juste devant. Je suis sorti du restaurant, il y avait du sang et une femme qui hurlait. Sa jambe avait été arrachée par l'explosion", raconte-t-il.

"C'était l'enfer"

De l'autre côté de la rue, le même jour, c'est un jeune homme qui a perdu sa main. Une angoisse quotidienne que Samia, 17 ans a eu du mal à supporter: "C'était vraiment horrible, c'était l'enfer. Il y avait des jours où il n'y avait rien, et des jours où ça tirait toutes les cinq minutes, on ne pouvait pas aller à l'école".

Un jour, c'est leur maison qui est touchée, un éclat d'obus brise la fenêtre de la cuisine. "Quand j'ai vu ça, j'ai fait ma valise et j'ai dit à mes parents que je partais, que c'était invivable".

Depuis la fin des combats dans la Ghouta, la famille est rentrée chez elle, la fenêtre de la cuisine est toujours brisée. "A chaque fois que je rentre dans cette pièce, il me revient à l'esprit que la Syrie est en guerre", explique Samia.

Le conflit en Syrie, déclenché en 2011, a fait plus de 350.000 morts et des millions de déplacés et réfugiés.

Marie Régnier (avec P.B.)