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Maîtresse, faux mariage, emploi bidon à l'Elysée… La double vie de Serge Morvan, ancien préfet des Yvelines, devant la justice

LE PORTRAIT DE POINCA - Serge Morvan, ancien préfet des Yvelines, comparaissait ce lundi devant un tribunal pour faux et usages de faux.

C’est une histoire qui se passe à Versailles, une ville très comme il faut. Le Préfet des Yvelines, un haut fonctionnaire de 61 ans apprécié, sympathique, souriant, tout en rondeur, a subitement démissionné en juillet 2019, et personne sur le moment n’a compris pourquoi.

On a compris après. Monsieur le Préfet avait une double vie. Il vivait avec sa femme dans les appartements de la préfecture a deux pas du château de Versailles, mais il avait aussi une maitresse à qui il avait promis le mariage.

C’est assez classique et pas du tout illégal. Sauf que comme dans une pièce de Feydeau, le préfet va s’enfoncer dans des mensonges. Sa maîtresse est très décidée à se marier et lui, apparemment, ne sait pas dire non. 

Un faux mariage organisé pour sa maîtresse

Alors comme elle insiste, il lui présente un faux certificat de divorce. Pour gagner du temps, il repousse une première fois le mariage en prétendant avoir été nommé à l’Elysée au cabinet d’Emmanuel Macron. Il lui présente pour la convaincre un faux arrêté du Journal Officiel. 

Finalement le temps passe et il ne peut plus reculer. Il doit organiser ce mariage. Il publie les bans, mais devinez quoi: ce sont des faux. Il prétend préparer la fête à la préfecture, tout est pris en charge par ses services. Les invitations sont lancées. Le jour J arrive. Les premiers invités de la mariée se présentent à la préfecture et… tombent sur l’épouse légitime du préfet.

"Je regrette"

Jugé ce lundi, Serge Morvan a été condamné lundi à huit mois de prison avec sursis pour faux et usage de faux dans l'exercice de ses fonctions. 

Le haut fonctionnaire de 61 ans a également été condamné à 25.000 euros d'amende pour détournement de fonds publics par le tribunal de Versailles pour avoir notamment réglé avec sa carte professionnelle 10.300 euros de frais - compensés par la suite - d'hôtels, restaurants et séjours passés avec sa maîtresse. 

"Je regrette", a sobrement réagi l'ancien préfet des Yvelines (2015-2018) à la barre lors de l'audience à laquelle assistait également son ancienne maîtresse et l'agent judiciaire de l'Etat, parties civiles dans ce dossier. 

"Il s'est enfermé dans le mensonge"

Ancien directeur de cabinet du secrétaire d'Etat André Vallini sous François Hollande, Serge Morvan a accepté les peines proposées par le parquet dans le cadre d'une comparution avec reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), procédure dite du "plaider-coupable".

"Il était dans un cadre dans lequel il souhaitait conserver la confidentialité, raison pour laquelle il n'a pas pu utiliser ses moyens de paiement personnels", a déclaré l'avocat de Serge Morvan, Emmanuel Mercinier-Pantalacci. Cela "l'a conduit à commettre des irrégularités" mais il compensait ces dépenses en effectuant sur ses "deniers personnels des dépenses à caractère professionnel", a assuré Me Mercinier-Pantalacci

"Il s'est enfermé dans le mensonge d'une part et d'autre part il a usé de ses fonctions, de sa qualité, pour accréditer son mensonge avec des faux documents", a estimé Me Pierre de Combles de Nayves, l'avocat de la plaignante, qui a demandé et obtenu un euro symbolique au titre des dommages et intérêts. 

"Cela a eu des conséquences dramatiques sur ma cliente, il y a un aspect un peu triste de l'utilisation de la détresse d'une femme qui était dans un âge où elle avait un désir d'enfant très important", a-t-il ajouté. "Sans ces éléments, ma cliente aurait cessé ses relations avec M. Morvan."

Nicolas Poincaré