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Mort d’un soldat français à Gao: pourquoi les relations entre la France et la Mali sont exécrables

Alexandre Martin, un soldat français de 24 ans, a été tué ce samedi lors de l’attaque de la base de Gao par des djihadistes. Un drame qui survient alors que les relations sont très tendues entre la France et le Mali.

Un soldat français est mort ce week-end au Mali, tué par un tir de mortier à Gao. C’est le 53e depuis le début de l'opération Barkhane. Des djihadistes se sont approchés à 5 kilomètres seulement de la base militaire de Gao, qui est désormais la plus grande et la mieux protégée des bases françaises. Elle accueille notamment le commandement de la force Takouba, qui regroupe toutes les forces spéciales, les troupes d’élites européennes, qui sont venues renforcer les Français.

C’était samedi après-midi, les terroristes ont donc pris le risque de s'approcher de cette base, pour tirer une dizaine de mortiers. Des hélicoptères d’attaques ont aussitôt décollé. En quelques minutes, ils ont retrouvé les assaillants et les ont neutralisés. C'est-à-dire éliminés.

Mais dans la base, une dizaine de soldats français avaient été blessés. Neuf très légèrement et un grièvement. Malgré les soins aussitôt reçus sur place, il n'a pas pu être sauvé. C'était un garçon de 24 ans, le brigadier Alexandre Martin, du 54e régiment d’artillerie de Hyères, dans le Var.

Un drame qui survient alors que les relations sont très tendues entre la France et le gouvernement malien. Exécrables. Ce qu’il faut rappeler, c’est que quand la France est intervenue en 2013, c’était pour sauver un président élu qui risquait d'être renversé par des islamistes radicaux. Puis l'armée française a mené une contre-offensive et chassé les groupes terroristes des grandes villes qu’ils avaient conquises. Et depuis, la situation militaire n’a plus tellement changé, l'armée française chasse les djihadistes dans le désert avec parfois des succès remarquables, mais aussi avec le sentiment de mener une guerre ingagnable. Ça va faire neuf ans que ça dure…

Ce qui a changé, entretemps, c’est la situation politique. En 2013, Français Hollande était venu à l’aide du président en exercice Ibrahim Keita, dit IBK. Impopulaire mais régulièrement élu et réélu.

Mais en 2020, ce président a été renversé par un groupe d'officiers dirigé par le colonel Goita, chef des forces spéciales. Ce colonel de 39 ans est aujourd’hui le président par intérim et il ne cesse d'attiser les sentiments anti-Français des Maliens. Le dialogue avec lui est maintenant totalement rompu. Emmanuel Macron, qui devait se rendre au Mali juste avant Noël, a annulé sa visite au dernier moment.

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Rester ou laisser le Mali aux Russes et aux djihadistes ?

Quelles sont les raisons de cette brouille ? Il y en a beaucoup. Le militaire malien reproche à la France de l’avoir “abandonné” en annonçant en septembre une réduction importante des effectifs de Barkhane.

De son côté, la France reproche d’abord et surtout à ce régime putschiste, d'être des putschistes. Et de ne plus envisager un retour de la démocratie à court terme. Des élections devaient avoir lieu le mois prochain. Elles ont été annulées. Et puis la France ne supporte pas que ce gouvernement ait fait appel à des mercenaires russes pour se défendre.

Un contrat a été signé entre le gouvernement de Bamako et la société privée Wagner, qui doit envoyer environ un millier d’hommes en échange de 10 millions de dollars par mois et de la possibilité de chercher des gisements d’or.

Les premiers mercenaires russes sont arrivés et campent sur l’aéroport de Bamako. On sait bien que derrière cette société privée, c’est Poutine qui est en train de s'installer au Mali et c’est insupportable pour Paris.

La situation s’est encore tendue ces derniers jours. La semaine dernière, les pays voisins africains ont fermé leurs frontières avec le Mali et placé le pays sous embargo. La France a approuvé cette décision et interrompu la liaison aérienne d’Air France entre Paris et Bamako. Ce qui n’était jamais arrivé.

Une grande manifestation anti-Française a eu lieu vendredi. Les quelque 7.000 expatriés français qui vivent dans le pays commencent sérieusement à s'inquiéter. Et aujourd’hui, la France n’a plus que le choix entre deux très mauvaises solutions : rester dans un pays qui ne veut plus de nous ou bien partir en laissant le Mali aux mains des Russes et des djihadistes. C’est le choix entre la peste et le choléra…

Nicolas Poincaré