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Harcèlement sexuel: face au "Time's up" aux Etats-Unis, que font les actrices françaises?

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Avec leur mouvement Time's up, les actrices d'Hollywood ont concrétisé la lutte contre le harcèlement sexuel lancée par le #metoo. En revanche, en France, pas de grande union féministe dans la famille du cinéma français.

Le mouvement Time's up était la véritable star des Golden Globes. Reese Witherspoon, Jessica Chastain, Meryl Streep et bien d'autres ont assisté à la soirée vêtues de noir en signe de protestation contre les violences sexuelles. 300 actrices ont en effet lancé le 1er janvier le fonds Time's up pour financer la défense de victimes d'abus sexuels au travail. En France, le milieu du cinéma est resté plutôt discret.

> "Triste et décevant", estime Élodie Jauneau, historienne spécialisée dans le féminisme:

"C'est assez triste et décevant. Cela s'explique sans doute par le fait que le milieu du cinéma est très différent en France et aux Etats-Unis. Il y a un côté 'corporate' qui n'est pas le même en France, c'est certain.

Il y a aussi un timing aux Etats Unis qui fait que les Golden Globes arrivent après l'affaire Weinstein, et entre les deux, de nombreux acteurs se sont fait virer un peu partout, notamment Kevin Spacey. Donc tout s'est bien enchaîné. Mais j'ai peine à croire qu'il n'y ait pas de Weinstein en France.

C'est vrai que le monde du cinéma n'est pas le même en France et aux Etats-Unis. Les lobbys féministes sont assez puissants aux Etats-Unis, ils sont aussi assez décloisonnés. On va retrouver des revendications féministes, des revendications de lutte contre l'homophobie et la transphobie, donc forcément, ça les rend plus puissants.

"Est-ce qu'on les entendra plus aux César?"

On peut imaginer que certaines subissent des pressions, qu'il y a un côté corporate dans l'autre sens, mais c'est de la spéculation. C'est paradoxal parce que les Etats-Unis ont la réputation d'être très puritain et en même temps il y a des mouvements qui font beaucoup de bruit. En France, on a la réputation d'être des grandes gueules et finalement on rentre très vite dans le rang.

Quand Catherine Deneuve a pris la parole pour dire qu'elle n'était pas d'accord avec le hashtag #balancetonporc, j'imagine que ça peut aussi en freiner quelques-unes.

Est-ce qu'on les entendra plus aux César? En France c'est la 'grande famille du cinéma français' et on ne parle pas des histoires de famille. Quand des histoires comme celles-là sorte, il y a une sorte de gêne".

> Pour Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d'Osez le Féminisme, la réponse au harcèlement des femmes au travail doit être politique:

"A la différence des Etats-Unis, les gens qui vont s'engager dans les mouvements féministes vont moins chercher la prise de parole d'une icône française que l'action collective qui semble plus politique.

Moi personnellement, je n'attends pas le discours d'Isabelle Adjani ou d'Isabelle Huppert, mais j'aurais préféré qu'il y ait un mot de ce sujet dans les vœux de fin d'année du président, par exemple. On est dans un contexte politique différent où l'opposition n'est pas aussi frontale donc on devrait pouvoir inventer des solutions politiques sur ce sujet-là.

"Je ne mets pas la responsabilité sur les stars françaises"

Je ne mets pas cette responsabilité-là sur les stars françaises. Le fait de faire de la politique de manière franche, c'est aussi un beau moyen d'avancer. Et pour moi, c'est l'Etat qui est défaillant.

Il est temps d'arrêter de se poser la question de pourquoi les femmes ne parlent pas mais pourquoi elles ne sont pas entendues. Les femmes ont énormément parlé et les choses n'ont pas changé. On ne devrait pas avoir à parler encore plus pour être entendues.

En France, on est tellement habitué au débat politique que quand on est une figure médiatique dans le monde artistique, on n'a pas envie de se brûler les ailes. On adopte toujours des positions très nuancées. Aux Etats-Unis, elles y vont franchement. Cette habitude du débat politique rend les femmes françaises prudentes".

Propos recueillis par Paulina Benavente