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Le jour où Jean-Paul Belmondo et Alain Delon se sont fâchés

Souvent dépeints, à tort, comme des rivaux, les deux géants du cinéma français de la 2e moitié du XXe siècle ont connu des carrières parallèles, le plus souvent au sommet du box-office, et leur amitié teintée d'une certaine rivalité a nourri la légende de ces deux caractères que tout opposait. On vous raconte.

Ils étaient l'un des duos culte du cinéma français. Avec la disparition de Jean-Paul Belmondo, Alain Delon se dit "complètement anéanti". 

"Je suis complètement anéanti. Là, je vais essayer de m'accrocher pour pas faire la même chose dans cinq heures... Remarquez, ce serait pas mal si on partait tous les deux ensemble. C'est une partie de ma vie, on a débuté ensemble il y a 60 ans", a confié le monstre sacré du cinéma, 85 ans, la voix tremblant d'émotion.

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Rivaux à l'écran seulement

C'est à six jours d'écart en mars 1960 que les deux comédiens se révèlent au grand jour: Jean-Paul Belmondo, l'insolent au physique ordinaire, fait sensation dans l'ovni "A bout de souffle", tandis que le public se pâme devant le regard aigue-marine d'Alain Delon dans "Plein soleil". Belmondo joue sur l'humour, la légèreté, la désinvolture quand Alain Delon fait figure de solitaire tendu et distant

Souvent dépeints, à tort, comme des rivaux, les deux géants du cinéma français ont joué dans plusieurs films dont "Borsalino".

En 1970, Jacques Deray réunit les deux stars, l'histoire de deux jeunes malfaiteurs qui se lient d'amitié et deviennent les rois de la pègre à Marseille. Dans le film, les deux hommes cheminent côte à côte dans leur éclatante jeunesse, costumes trois pièces impeccables et pochettes assorties, le cigare au coin des lèvres, le fameux chapeau de gangster légèrement incliné sur la tête. Ils deviennent inséparables après une bagarre mémorable où ils se rendent coup pour coup.

Et c'est justement lors de ce tournage que les deux acteurs se sont fâchés, la seule fois, comme le révélait sur RMC, Laurent Bourdon, auteur de "Définitivement Belmondo", en janvier 2018. 

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"Belmondo pète les plombs!"

"C'est évident qu'il y a un moment assez tendu dans leur carrière: c'est Borsalino. Et plus précisément, la sortie en salles de Borsalino, en 1970. Belmondo découvre l'affiche et il peut lire: 'Alain Delon présente Alain Delon et Jean-Paul Belmondo dans Borsalino'. Or, le contrat précisait bien qu'il n'y aurai pas deux fois le nom de Delon sur l'affiche. C'était leur deux noms et puis c'est tout... Puisque le film est produit par Delon, on aurait dû lire 'Adel Productions présente..."

"Et là, Belmondo pète les plombs! Il dit: "Ce n'est pas dans mon contrat, j'ai tourné un film avec mon camarade Alain Delon, tout s'est bien passé, mais là, avec la maison de productions, le producteur, ça ne va pas du tout" précisait ainsi sur RMC le spécialiste cinéma. 

Et de révéler la suite de cette "affaire":

"Belmondo n'assiste pas à la première. Il y a un entretien qui est animé - séparément - par la journaliste France Roche (qui était très proche de Belmondo, elle lui avait même écrit des scénarios), et qui met en parallèle les réponses aux questions qu'elle pose à l'un et à l'autre. Et on voit Delon qui est déprimé, désespéré... un peu prétentieux disant 'ça lui passera', et un Belmondo qui réplique qu'il y a un contrat et qu'il faut le respecter. Ca a duré quand même très longtemps: à l'époque, tout le monde dit que ce n'est pas une 'baston' promotionnelle pour faire parler du film et des acteurs. Vraiment, ça a été sérieux. C'est toujours compliqué d'en parler avec eux, glissant qu'il n'y a même pas eu de procès..." raconte le cinéphile. 

"Des querelles d'amoureux"

Belmondo, procédurier, confiera des années plus tard après la brouille - pour un film qui a fait près de 5 millions d'entrées - : "C'était des querelles d'amoureux".

D'ailleurs, les deux hommes se sont toujours rendu hommage. "Jean-Paul a suivi son chemin. Moi un autre, c'est tout. C'est une grande vedette nationale. Il a beaucoup de talent et comme moi, il aime son métier et les risques", déclarait Alain Delon. "On parle toujours de cette soi-disant rivalité mais, pour moi, il ne peut y avoir de rivalité entre nous, on n'a absolument pas le même emploi. Delon ne me gêne pas et je ne pense pas que je le gêne", renchérissait Jean-Paul Belmondo.

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Patrice Leconte les réunit en 1998 dans "Une chance sur deux". "A aucun moment nous n'aurions pu, la veille du tournage, intervertir leurs rôles", racontait le réalisateur. "Ils sont diamétralement opposés, ce qui les rend complémentaires et, en même temps, extrêmement proches l'un de l'autre. C'est très curieux, deux acteurs, qui, comme eux, ont à la fois tout et rien à voir avec l'autre."

Une amitié indéfectible, mélange de tendresse et de virilité, que Paris Match mettra en scène jusqu'au bout, en juin 2019, dans un bras de fer en bras de chemise. 

Xavier Allain