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13-Novembre: "Quand on a ouvert la porte du Bataclan, on est tombé sur un charnier", témoigne l'ex-patron du Raid

TEMOIGNAGE RMC - Jean-Michel Fauvergue témoigne ce vendredi 13 novembre sur RMC de l'horreur du Bataclan qu'il a vécu en tant que patron du Raid.

Il y a cinq ans, une nuit d'horreur. La France a été touchée en plein coeur le vendredi 13 novembre 2015. Des attentats simultanés au Stade de France, sur des terrasses de Paris et dans la salle de concert le Bataclan ont fait 130 morts et plus de 400 blessés. 

Jean-Michel Fauvergue, aujourd'hui député (LREM) de Seine-et-Marne était le patron du Raid de 2013 à 2017. Il témoigne ce vendredi sur RMC de l'horreur qu'il a vécu ce soir-là.

"Quand on a ouvert la porte du Bataclan on est tombés sur un charnier. C'est cette image-là qui reste. Avec, comment dire, la mort a une odeur âcre du sang qui coule à flot. Elle a un son, le son de ces téléphones qui vibrent dans le vide. On arrive devant avec la colonne d'assaut derrière et on sait qu'on doit aller jusqu'au bout, traverser cette salle et s'affronter à des barbares qui sont bardés d'explosifs, c'était quelque chose de nouveau. Des kamikazes ça n'existaient pas en France."

"On trainait des pieds pour ne pas marcher sur les cadavres ou les blessés pour aller jusqu'à la scène"

Jean-Michel Fauverge témoigne de l'horreur de la fosse dans laquelle les cadavres cotoyaient les blessés qui interpellaient les forces de l'ordre qui tentaient de finir la mission.

"On ne se pose pas la question de savoir si on va revenir ou pas. Avec ces bombes humaines, ça emmène quelque chose de nouveau qui fait qu'on se dit qu'on verra bien ce qui se passe. La difficulté est que vous êtes impactés par ce que vous voyez et il faut traverser ces corps, donc on traine des pieds pour ne pas marcher sur les cadavres ou les blessés pour aller jusqu'à la scène. Les blessés nous voient passer, non seulement nous interpellent et certains s'accrochent aux bas de pantalons de la colonne d'assaut."

"Ceux qui ont beaucoup souffert ce sont aussi les policiers qui font les constatations"

Après l'horreur, les images restent en tête. L'ex-patron du Raid concède que c'est difficile pour les unité d'élite qui sont intervenues mais encore plus pour les policiers qui ont dû réaliser les constatations du carnage.

"On continue à vivre, je pense que ça marque tout le monde et ça revient. Ceux qui ont beaucoup souffert ce sont aussi les policiers qui font les constatations. On a des gens particulièrement traumatisés. L'action nous permet d'avancer. Eux sont là longtemps car les constatations prennent du temps."

"Ce qui manque c'est un peu d'adrénaline on en a un peu en politique mais c'est tout autre"

Dorénavant Jean-Michel Fauvergue est député. Une toute autre vie, avec moins d'adrénaline comme il l'explique. Le terrain lui manque un peu, mais c'est surtout la camaraderie face à l'adversité des situations dangereuses qu'ils traversaient qui lui fait défaut aujourd'hui.

"Ce qui me manque c'est l'esprit d'équipe qui s'est construit dans cette adversité, dans ce danger. Avec peut-être des missions plus classiques. Ca me manque d'être avec les gars, la camaraderie qu'on retrouve difficilement. Ce qui manque c'est un peu d'adrénaline on en a un peu en politique mais c'est tout autre."
J.A.