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"Jugé sur la façon dont mon dessin est ressenti, pas sur ce qu’il raconte": pourquoi Xavier Gorce quitte Le Monde après un dessin sur l'inceste

Le dessinateur de presse, connu pour ses pingouins "Indégivrables", était l'invité d'Apolline de Malherbe sur RMC.

Peut-on tout dire... ou plutôt tout dessiner? Le dessinateur de presse Xavier Gorce doit avoir une idée de la réponse. Ce dernier, créateur des "Indégivrables", a quitté mercredi avec fracas Le Monde, reprochant au quotidien d'avoir cédé à la pression des réseaux sociaux en s'excusant d'avoir publié un de ses dessins, jugé choquant par de nombreux internautes.

Mercredi, il a ainsi jugé que "la liberté ne se négocie pas", après que le quotidien ait qualifié d'"erreur" la publication d'un de ses dessins sur le sujet de l'inceste, qui avait choqué de nombreux internautes.

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"Est-ce un inceste?"

"J'annonce que je décide immédiatement de cesser de travailler pour le Monde. Décision personnelle, unilatérale et définitive. La liberté ne se négocie pas. Mes dessins continueront. D'autres annonces à suivre", a fait savoir sur Twitter le dessinateur des "indégivrables", qui travaillait de longue date avec le journal. 

La direction du Monde s'était excusée mardi pour un de ses dessins diffusé dans une newsletter, qui avait suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, reconnaissant qu'il avait pu choquer et assurant qu'il n'aurait "pas dû être publié". Ce dessin montrait un jeune pingouin demandant à un congénère: "si j'ai été abusé par le demi-frère adoptif de la compagne de mon père transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste?".

En cause: certains utilisateurs des réseaux sociaux y avaient vu une forme de transphobie et avaient reproché au dessinateur de se moquer des victimes d'inceste, des critiques qu'il avait rejetées en bloc sur Twitter.

"Ce dessin peut en effet être lu comme une relativisation de la gravité des faits d'inceste, en des termes déplacés vis-à-vis des victimes et des personnes transgenres", avait de son côté souligné la directrice du Monde, Caroline Monnot, dans un message publié sur le site du quotidien.

"Mettre le doigt là où ça fait mal"

Invité de RMC, jeudi matin, Xavier Gorce n'a pas mâché ses mots face à Apolline de Malherbe. Selon lui, la cancel culture - la culture de l'effacement - est "en train de mettre les pieds" en France: "On ne peut pas faire du dessin de façon sereine en étant pugnace, en mettant le doigt là où ça fait mal. C’est pourtant le but d’un dessin de presse" a-t-il jugé, avant de souffler: "Je ne suis pas sûr qu’il soit parmi le meilleur, mais il est tout à fait correct dans ce qu’il dit, il est inattaquable sur le fond". 

Et de préciser à Apolline de Malherbe que le problème est que le dessin de presse "est jugé sur la façon dont il est ressenti et pas sur ce qu’il raconte": "On est sur le problème de la sensibilité de telle ou telle communauté où dès que le mot de leur communauté apparait dans un dessin d’humour, [ils] se sentent agressés. Ce n’est juste pas acceptable".
Apolline de Malherbe avec AFP