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Pourquoi François Molins, le magistrat le plus connu de France, s'est attiré les foudres d'Eric Dupond-Moretti

François Molins, le procureur général près la Cour de cassation, a dénoncé ce lundi le manque de moyens de la justice. Un discours jugé “scandaleux” par le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti.

C’est le magistrat le plus célèbre de France. François Molins, celui qui tenait des conférences de presse après les attentats. Ceux de Mohamed Merah à Toulouse, ceux de Charlie Hebdo, du 13-Novembre à Paris, du 14-Juillet à Nice… À chaque fois, la France traumatisée avait besoin d’informations fiables pour comprendre l'incompréhensible, et c’est François Molins qui s’en chargeait. D’une voie calme, avec son accent pyrénéen, des mots précis, un vocabulaire très particulier, il énonçait les faits et c’était rassurant. Parce que l'on avait l’impression que dans ces chaos, un haut magistrat gardait le contrôle de la situation.

Ces points presse ont marqué l’histoire de la justice. Et ils ont fait sortir de l’anonymat cet homme qui avait fait toute sa carrière au parquet, qui avait fait le tour de France des tribunaux. Qui a aussi été directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie, garde des Sceaux, avant d'être nommé procureur du tribunal de Paris. Ce qui avait un peu fait tousser parce que cela pouvait faire douter de son indépendance. Mais François Molins a rapidement prouvé qu'il était indépendant en s'attaquant aussi bien à Jérôme Cahuzac qu’aux proches de Nicolas Sarkozy dans l’affaire Bygmalion.

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Colère d'Eric Dupond-Morreti

Lundi, il a tenu des propos très critiques en présence d'Eric Dupond-Moretti. C'était la rentrée solennelle de la Cour de cassation. Et François Molins, devant le garde des Sceaux et le Premier ministre, a pris la parole pour dénoncer les conditions de travail intenables des magistrats. Il a parlé d’une crise que personne ne peut nier, des souffrances et de la perte de sens que cela entraîne. Il a reconnu que des efforts ont été faits, mais les a jugé insuffisants.

Après ce discours, à la sortie de la salle d’audience, le garde des Sceaux a passé un savon au procureur. "Vos propos sont scandaleux", a grondé Eric Dupond-Moretti. “Je ne savais pas que c’était vous qui conduisiez la politique de la France”, lui a-t-il asséné.

Un échange d’une violence totalement inhabituelle dans cet univers feutré. François Molins en a vu d’autres. À 68 ans, il est à un an de la retraite.

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Nicolas Poincaré