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Présidentielle: la campagne "va porter sur le travail et l'emploi"

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Nicolas Sarkozy éliminé au premier tour de la primaire de la droite, Manuel Valls en ballotage défavorable à gauche… Les candidats des primaires qui ont mis en avant les thématiques régaliennes ont été distancés. Au profit de ceux qui ont mis en avant leur programme économique. L'emploi peut-il être la grande thématique de la campagne présidentielle? RMC.fr a posé la question aux politologues Gérard Grunberg et Stéphane Rozès.

Gérard Grunberg est politologue, directeur de recherches émérite CNRS au Centre d'études européennes de Sciences-Po, auteur de "Napoléon Bonaparte, le noir génie" (CNRS éditions).

Stéphane Rozès est le président de Cap (Conseils analyses et perspectives), enseignant à Sciences-Po et HEC. Il est l'auteur de "Populismes, nationalismes et radicalismes religieux: un effet de la mondialisation?" (Revue Risques).

"Pour la gauche, c'est moins le fait de fuir les questions régaliennes que le fait de mettre d'abord l'accent sur les questions sociales pour gagner la primaire, explique Gérard Grunberg. C'est ça qui a amené le débat sur ces questions sociales. A droite, j'ai l'impression qu'il y avait une telle composante anti-Sarkozy que c'est très compliqué de savoir quelles sont les raisons de ce vote en faveur de François Fillon. Ici, on ne peut pas comparer la gauche et la droite".

"Mais le chômage et l'emploi feront partie des sujets majeurs de la présidentielle, c'est sûr. La gauche, elle, n'aime pas trop parler des questions régaliennes, spontanément elle ne va pas développer ces questions-là, notamment parce que ses positions ne sont pas majoritaires dans le pays. Elle va mettre l'accent sur le social et l'anti-libéralisme qui lui permettra d'attaquer aussi bien Emmanuel Macron que François Fillon", anticipe-t-il.

La dynamique Macron donne le ton

"La dynamique Emmanuel Macron donne aux questions économiques et sociales une plus grande importance", pense de son côté Stéphane Rozès. "Le sujet n'est pas seulement une résistance républicaine au marché mais comment bien tirer son épingle du jeu dans la mondialisation. On bascule plus sur les questions économiques et sur la maturation du monde économique. Mais les questions identitaires et sécuritaires vont sans doute revenir lors de la campagne présidentielle, et vous allez voir qu'elles vont revenir dans le débat de mercredi entre les deux vainqueurs du premier tour de la primaire à gauche. Manuel Valls va les remettre au cœur du dispositif".

Stéphane Rozès estime aussi qu'à gauche, "il y a eu un recentrement (sic) républicain". "Quand on revoit les débats de la gauche, il y a trois - quatre occasions où il y aurait pu y avoir un front anti-Valls par rapport à ses positons sur la République et la laïcité. Mais ses adversaires s'y sont refusés, comme s'il y avait une homogénéisation des positions à gauche sur les positions de Manuel Valls".

"Marine Le Pen est très silencieuse"

Si les questions de terrorisme, d'insécurité, d'immigration n'ont pas été au cœur des débats pour l'instant, "c'est aussi parce que Marine Le Pen est très silencieuse et assez en retrait, remarque Gérard Grunberg. Elle n'occupe pas le centre du débat politique aujourd'hui. Quand elle va vraiment entrer dans la campagne, cela va probablement changer les choses. Elle a laissé pour l'instant la gauche et la droite développer leurs thématiques. Pour qu'une thématique prenne dans une campagne il faut que quelqu'un la porte".

Stéphane Rozès en est sûr, le débat pendant la campagne de la présidentielle "va porter sur le travail, le modèle social, la République et la souveraineté. L'enjeu de la présidentielle va se faire autour du sujet suivant: est-ce que pour survivre dans le monde tel qu'il est la France doit renoncer ou réformer son modèle social républicain?"

Propos recueillis par Philippe Gril