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Comment digérer la défaite en politique? "A ce niveau-là, c'est rare de se remettre en question"

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Les candidats des deux "grands partis" François Fillon et Benoît Hamon ont été éliminés dès le premier tour. Mélenchon y a cru, mais arrive finalement en 4e position. Comment gère-t-on la défaite politique? Eléments de réponse avec Jean-Pierre Friedman, docteur en psychologie et auteur du livre Du pouvoir et des hommes.

Jean-Pierre Friedman est docteur en psychologie, psychanalyste et auteur de Du pouvoir et des hommes (ed. Michalon):

"On ne peut pas prédire les réactions car elles peuvent être multiples. Cela dépend du tempérament, de l'historique du candidat, les réactions peuvent être différentes. En tout cas dans un premier temps, ils ne vont pas montrer leurs états d'âme. Talleyrand avait repris la reprise de la devise de la couronne d'Angleterre 'Never explain, never complain' [pas de jérémiades, pas d'excuses, ndlr].

Certains vont peut-être être vraiment abattus, on pense à Giscard d'Estaing, qui, quand il a été battu, est tombé dans la dépression. D'autres vont au contraire se trouver renforcés par cet échec. Il y a ceux que ça dynamise et ceux que ça démolit.

Les hommes politiques sont de toute façon blindés aujourd'hui: ils sont prêts à sacrifier beaucoup pour avoir le pouvoir. Ils sont focalisés sur le pouvoir. A part quelques exceptions, ils vont se trouver un tremplin quelque part pour rebondir.

"On ne quitte pas la politique si facilement"

Les hommes politiques sont de toute façon voués à avancer. On ne quitte pas la politique si facilement parce qu'on a sacrifié beaucoup de choses pour elle. Et de toute façon, ils vont se persuader qu'ils ont perdu non pas parce qu'ils sont mauvais, mais parce qu'il y a un fort courant qui a porté les électeurs vers l'autoritarisme.

Les perdants vont se trouver des boucs émissaires parce que c'est plus simple que de se remettre en question. Quand on arrive à ce niveau-là en politique, c'est rare qu'ils se remettent en question. Les boucs émissaires, c'est leur porte de sortie. Et mentalement, cela permet de tenir, ce serait difficile à encaisser s'ils assumaient entièrement leur échec.

Ils vont surtout essayer de montrer que leur défaite est liée au contexte actuel sur la sécurité qui pourrait pousser les peuples à chercher des régimes durs. A mon avis, ils vont tout mettre sur le dos du contexte international sans se remettre en question.

Et puis il y a d'autres échéances que la présidence de la République, il va y avoir les législatives, donc, ce n'est pas forcément un grand vide après cette élection, ils ne retrouvent pas seuls. S'ils veulent rebondir, ils le peuvent. En tout cas, je pense que les perdants de dimanche soir vont pouvoir rebondir".

Propos recueillis par Paulina Benavente