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Faut-il restreindre le train de vie des ministres?

Après l’affaire Rugy, le Premier ministre envisage de faire évoluer la circulaire du 24 mai 2017 qui encadre le train de vie des ministres. Il doit rendre ses arbitrages dans la semaine. Ca fait débat sur RMC.

Et si le gouvernement réformait le train de vie des ministres? Edouard Philippe y réfléchit. Des arbitrages seront rendus dans la semaine, selon nos informations RMC. 

La question n'est pourtant pas nouvelle. Dès l'élection d'Emmanuel Macron, en mai 2017, le Premier ministre avait envoyé une circulaire à tous les membres du gouvernement avec un certain nombre de règles à respecter en terme d'exemplarité. Elle précisait notamment que les ministres doivent "adopter un comportement modeste et respectueux de chacun". Des termes peu clairs - et qui ont d'ailleurs été rappelés au gouvernement mercredi dernier lors du Conseil des ministres juste avant les vacances - et qui doivent donc être précisés. 

Dans les faits, ces "arbitrages" d’Edouard Philippe pourraient concerner l’encadrement des logements de fonctions par exemple, tout comme celui des "frais de représentation". Aujourd'hui, ces frais sont plafonnés à 100.000 euros pour un secrétaire d'Etat et jusqu'à 150.000 euros pour un ministre.

"Il y a des règles simples qui peuvent être adoptées"

Or, cette circulaire, signée il y a un peu plus de deux ans par le Premier ministre, n’a rien de contraignant. Si elle précise que les ministres doivent "adopter un comportement modeste" et donc limiter l’utilisation de l’argent public, elle induit donc que ce financement ne peut pas profiter au ministre ainsi qu'à ses proches. 

Pour Thierry Vedel, politologue, la circulaire reste trop légère: le train de vie des ministres mérite effectivement plus de contrôles.

"Il y a un certain nombre de domaines où on est dans le flou. Par exemple: les logements de fonction ou les chauffeurs. Il y a des règles simples qui peuvent être adoptées. Il y a une demande très forte d'exemplarité, d'autant plus que l'on demande aux Français des efforts. Il est normal que les cadres dirigeants de la fonction publique donnent l'exemple et que l'on soit intransigeant avec leurs dépenses. Il y a un certain nombre de dépenses de représentation qui ne sont pas indispensables" estime-t-il. 

"L'une des clés relève peut-être d'un changement de génération du personnel politique"

Pourtant, si elle va "dans le bon sens", un durcissement de cette circulaire n’est pas du gout de tous les ministres. Certains estiment qu’ils sont déjà suffisamment contrôlés.

"Les responsables politiques, sous la Vème République, sont plus encadrés dans leurs vies et dans leurs activités professionnelles. Le problème est dans la capacité de nos responsabilités politiques à accepter un certain nombre de changements de comportements. Une forme d'acculturation de règles déontologiques, morales. L'une des clés relève peut-être d'un changement de génération du personnel politique" analyse Béligh Nabli, maitre de conférence à l’université Paris-Créteil.

Emmanuel Macron a, en tout cas, tenté de bien faire prendre conscience à ces ministres qui n’auraient pas des comportements assez "modernes" que cela doit changer. "On a un tsunami de défiance parce que la démocratie ne fonctionne pas" confirme Eric Alt, magistrat et vice-président de l’association Anticor, invité de RMC.

"Au -delà de la légalité, il y a une question d'éthique dans la vie publique. Ces dérives ponctuelles révèlent un mauvais fonctionnement du système. L'Assemblée a un point faible: le style de la monarchie républicaine est très présent" a-t-il dénoncé face à Apolline de Malherbe. 
Lucas Scaltritti et Xavier Allain