RMC

"Il faut s’élever contre la police de la vertu": Bayou n’aurait pas dû démissionner selon Me Temime

Dans "Apolline Matin" ce mardi sur RMC et RMC Story, l’avocat Hervé Temime a donné sa vision de l’affaire Julien Bayou, qui a démissionné de son poste de secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts et de président de groupe à l’Assemblée nationale. Selon lui, les faits n’étant pas répréhensibles à ce stade, le député écologiste aurait dû conserver ses fonctions.

Une accusation de violence psychologique, par une ex-compagne, relayée à la télévision par Sandrine Rousseau. Et une démission de ses fonctions de secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts et de président de groupe à l’Assemblée nationale. Julien Bayou a décidé de laisser sa place, tout en restant député, en regrettant de ne pas pouvoir se défendre. Il se dit "accusé de faits qui ne (lui) sont pas présentés, dont (ses) accusateurs-ices disent qu'ils ne sont pas pénalement répréhensibles", et dont il ne peut pas se défendre "puisqu'on refuse de (l)'entendre".

Selon l’avocat Hervé Temime, invité d’"Apolline Matin" ce mardi sur RMC et RMC Story, "M. Bayou n’était pas contraint à la démission". "C’est même fou. En réalité, il aurait dû dire : ‘Je ne dois pas démissionner parce que je suis accusé de faits que je ne connais pas, etc.’. On est dans une situation particulière, peut-être à un point de bascule, explique-t-il. C’est un sujet très compliqué, très grave, sur lequel je réfléchis beaucoup, depuis longtemps, et pas seulement comme avocat. Là, j’ai vraiment le sentiment qu’on atteint une limite qui n’est pas acceptable."

La crainte d’un "drame"

"Dans les accusations qui ont été portées par Mme Rousseau à la télévision, il y a quelque chose d’incroyable, qui a été révélé le lendemain mais qu’on comprenait à demi-mot dans son interview. Elle a dit que le problème dans cette affaire, c’est qu’il n’y a rien de pénalement répréhensible", souligne Me Temime. "Quand il n’y a pas de plainte, il n’y a pas de procès, il n’y a pas de défense. Mais surtout, s’il n’y a pas d’infraction, il n’y pas à faire un procès. Un procès n’a de sens que si la loi est violée. La barrière, c’est la loi et l’application de la loi", ajoute l’avocat.

"Je ne le connais pas, je ne le défends absolument pas et je ne suis pas du tout opposé à la personne qui fait ce signalement ou envoyé ce mail. Bien sûr qu’on ne peut pas attendre le temps de la justice. Et on peut le regretter", explique Hervé Temime, qui craint "un drame, un jour", "un homme ou une femme à bout, accusé(e) d’un fait qu’il n’a pas commis, dont l’innocence aura été démontrée et qui aura peut-être commis un acte terrible, suicidaire".

"Il y a une sphère de la vie privée qui doit être infranchissable dès lors que la loi n’est pas violée"

Pour Me Temime, la vie privée doit être respectée quand il n’y a pas de plainte devant la justice. "Ce qui est grave, c’est que c’est un jugement qui est porté sur M. Bayou, qui semble être purement moral et très personnel, estime-t-il. Quiconque a vécu une relation amoureuse intense sait la violence, la douleur, que peut provoquer une séparation. Si on commence à juger nos hommes, nos femmes politiques, sur leurs comportements amoureux, mais où va-t-on ? On va bientôt les juger en tant que père ou mère. Qui peut dire qu’il ou elle est un bon père ou une bonne mère ? On va juger leurs pratiques sexuelles, peut-être les connaitre… Il y a une sphère de la vie privée qui doit être infranchissable dès lors que la loi n’est pas violée. S’il y a une plainte à porter, qu’elle soit portée. Là, on paye le prix de son statut de personne publique."

"Je crois que personne ne peut décider si on est vertueux ou pas, ajoute Me Temime. L’obligation d’être vertueux, certainement pas. D’être conforme à la loi, oui. Cette notion d’exemplarité est évidemment très relative. Quand on choisit de faire de la politique, oui, il faut avoir un comportement irréprochable par rapport au respect de la loi. Mais enfin, on ne va pas juger nos comportements privés. C’est impensable. Sinon, je serais incapable d’exercer. Qui peut d’ailleurs porter sur soi-même un jugement suffisamment serein et tranquille pour être sûr qu’il est exemplaire ? On aimerait tous pouvoir l’être. Je crois qu’il faut quand même s’élever contre une espèce de police de la vertu dont les effets peuvent être très graves, à mon avis. Il faut bien sûr encourager le respect de la lutte contre les violences faites aux femmes. Mais pas de cette manière-là, car on dessert la cause."

LP