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Pourquoi Alexis Kohler est soupçonné de prise illégale d'intérêts

C'est l'homme de l'ombre de l'Élysée, le plus proche conseiller d'Emmanuel Macron. Alexis Kohler a été mis en examen pour des soupçons de prise illégale d'intérêts. La justice lui reproche ses liens familiaux avec le géant du transport maritime MSC.

Le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, a été mis en examen pour prise illégale d'intérêts. Il est tout simplement l’un des hommes les plus puissants du pays. Il n'apparaît dans la lumière que lors des remaniements, pour annoncer la composition du gouvernement depuis la cour de l’Élysée. Le reste du temps, il est dans l’ombre, occupant le bureau voisin de celui d’Emmanuel Macron au premier étage de l’Élysée.

Cette fonction de secrétaire général, il l’occupe depuis le premier jour du premier mandat, et il a été confirmé après la réélection du président au printemps dernier. Il est le bras droit d’Emmanuel Macron et plus que cela. La presse l’appelle le président bis, ou bien “le second cerveau” du président, ou bien encore, la “gare de triage” ou la “tour de contrôle”. Autant d'expressions pour expliquer qu’il est le plus proche collaborateur du président, omniprésent dans toutes les réunions importantes. Toujours présent mais généralement silencieux. Emmanuel Macron aurait beaucoup de mal à se passer de lui. Il a eu l’occasion de dire que son secrétaire général était plus intelligent que lui.

La justice lui reproche ses liens familiaux avec un géant du transport maritime, l’armateur suisso-italien MSC, numéro deux mondial du fret maritime et connu du grand public pour ses activités dans les croisières. La cofondatrice du groupe, Rafaela Aponte, est une cousine germaine de la mère d’Alexis Kohler. Et ce lien a potentiellement posé problème à plusieurs reprises.

Entre 2010 et 2012, Alexis Kohler a été le représentant de l’Etat au sein des chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire, entreprise qui construit une grande partie des bateaux de MSC. Le haut fonctionnaire était donc censé défendre le constructeur tout en ayant des liens avec son principal client. C’est exactement ce que l’on appelle un conflit d'intérêt. Mediapart, qui a révélé l’affaire en 2018, affirme qu’Alexis Kohler n’a jamais prévenu le conseil d'administration des chantiers de l'Atlantique de ses liens familiaux avec MSC.

Alexis Kohler, lui, dit qu’il avait prévenu oralement ses supérieurs hiérarchiques à Bercy. La justice devra décider si Alexis Kohler a manqué à un devoir de transparence.

Maintenu secrétaire général de l'Elysée

Alexis Kohler était aussi à l’époque administrateur du port du Havre en tant que dirigeant de l’agence des participations de l'État. Il affirme que lorsque le port du Havre devait prendre une décision concernant MSC, il se mettait à l’écart des négociations. Pour éviter tout conflit d'intérêt. Sauf que Mediapart a publié des procès-verbaux montrant qu’il participait aux délibérations et qu’il a au moins une fois voté en tant que fonctionnaire en faveur de la société de ses cousins.

À l'époque, raconte Le Monde, Alexis Kohler et sa famille passaient tout leur mois de juillet sur un yacht privé de MSC, en Grèce et en Croatie. Rien ne dit qu’il puisse y avoir un lien entre ces vacances et des décisions prises. Mais il y a des règles pour éviter que l’on puisse en douter. Et l’on ne sait pas si ces règles ont bien été respectées…

Mais ce n’est pas la seule période sur laquelle la justice enquête… Lorsque qu'Emmanuel Macron a quitté Bercy pour se lancer dans la course présidentielle, son directeur de cabinet Alexis Kohler a dû se chercher du travail. En août 2016, il est embauché comme directeur financier de MSC. Mais il doit obtenir l’accord de la commission de déontologie de la fonction publique. Ce qu’il obtient, alors que la même commission deux ans plus tôt, avait refusé ce passage de Bercy au privé.

Là encore, la justice devra vérifier si cette commission a bien reçu toutes les informations qu’elle devait recevoir. Alexis Kohler affirme n’avoir rien à se reprocher dans aucun de ses dossiers, n’avoir commis aucun délit. Il est présumé innocent. L’Élysée a fait savoir que malgré cette mise en examen, il reste secrétaire général et bras droit du président.

Nicolas Poincaré