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Pourquoi le Rassemblement national n'y arrive pas?

Le Rassemblement national, c’est le parti qui peut arriver premier au premier tour, mais qui est une machine à perdre au deuxième tour. Et contrairement à d'autres pays d'Europe où l'extrême-droite contrôle des régions et parfois un Etat entier, le Rassemblement national en paraît encore loin.

Par une évidence qui se confirme élection après élection ces dernières années, le Rassemblement national plafonne. Dimanche, la désillusion a été particulièrement cruelle. Le Rassemblement national recule dans toutes les régions. Il obtient 20% des voix au niveau national contre 27, lors des dernières régionales en 2015. 

Thierry Mariani en Région Paca, pensait pouvoir gagner, il est très largement battu et fait un moins bon score que Marion Maréchal lors du précédent scrutin.

Le Rassemblement national avait placé quelques espoirs de conquête avant le premier tour, en Bourgogne Franche comté, dans le Centre-Val de Loire, dans le Grand-Est. Dans ces trois régions, les listes RN sont largement battues avec des scores très inférieurs à ceux d’il y a six ans. 

En Île-de-France, le numéro deux du parti, Jordan Bardella plafonne à 11%. Bref c’est une Bérézina.

Le Rassemblement national se présente pourtant comme le premier parti de France

Et parfois, il est le premier parti de France. Par exemple, aux dernières Européennes, il y a deux ans, il était arrivé en tête avec 23%. Ou bien dans les sondages pour la prochaine présidentielle, Marine Le Pen en ce moment est donnée en tête avec 24 à 26% au premier tour. 

Mais qu’est ce que cela montre ? Que le paysage politique est atomisé. Que le Rassemblement National peut arriver premier, parce que les autres sont faibles, mais qu’il ne gagne pas d'élection au scrutin majoritaire. 

Aux dernières législatives, 8 députés RN ont été élus, sur 577. Aux municipales, le parti a gagné 13 villes sur 36.000… 

Le Rassemblement national, c’est le parti qui peut arriver premier au premier tour, mais qui est une machine à perdre au deuxième tour.

C’est ce que l’on appelle le plafond de verre

Ce plafond que Marine Le Pen rêve de le voir exploser un jour, et qui peut-être un jour explosera, on n’en sait rien, mais ce plafond pour l’instant résiste.

Au niveau national, le score le plus haut jamais obtenu par ce parti, c’est celui de Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle : 33%. Beaucoup plus que son père 15 ans plus tôt, mais largement insuffisant pour gagner. 

D'où cette exception française. Une extrême droite très forte, mais qui n’a jamais été en position de gouverner. Pas même une région ou un département. Contrairement à ce qui se passe ailleurs en Europe comme en Italie, en Autriche ou en Hongrie par exemple.

D'où la stratégie de dédiabolisation

La dédiabolisation, c'est la stratégie choisie de longue date par Marine Le Pen. Plus de provocations ou de dérapages racistes comme au temps de son père. Les thèmes de l’immigration et de l’Islam sont beaucoup moins évoqués. La sortie de l’Europe ou de l’euro ne sont plus au programme.

C’est ce qu’on appelle la “Normalisation” du parti. Et l’on ne peut pas dire que ce soit un succès au vu du résultat des élections de dimanche. En se banalisant le Rassemblement national a perdu son caractère transgressif. 

Voter Rassemblement national, longtemps c’était un vote sanction contre la classe politique. Désormais, Marine Le Pen fait partie de la classe politique, et ses candidats ont été victimes à leur tour du dégagisme.

En fait, pour sanctionner la classe politique, les électeurs ont choisi l’abstention. Et en particulier, les électeurs les plus jeunes, les plus modestes, les moins diplômés, c'est-à-dire l'électorat du Rassemblement national. 

Que va-t'il se passer maintenant?

Et bien, il y a certainement une dynamique qui est interrompue. Marine Le Pen comptait sur la conquête d’une ou de plusieurs régions pour se crédibiliser à 10 mois de la présidentielle. Elle va devoir faire sans.

Le congrès du parti aura lieu tout début juillet à Perpignan. Deux lignes vont s’affronter. Ceux qui pensent comme Gilbert Collard ou comme les derniers fidèles de Jean-Marie Le Pen qui faut de nouveau se radicaliser. Et retrouver le caractère disruptif du parti.

Et ceux qui au contraire pensent qu’il faut aller plus loin dans la normalisation, pour conquérir l'électorat de la droite traditionnelle, c’est ce qu’explique par exemple Robert Ménard, le maire de Béziers. Et c’est aussi la ligne de Marine Le Pen…

Nicolas Poincaré