RMC

Présidentielle: "le vote ne sert à rien alors qu'au contraire l'abstention peut être réformatrice"

Selon une enquête Cevipof pour Le Monde publiée jeudi, à un peu plus de six semaines du premier tour de l'élection présidentielle, l'abstention se situerait aux alentours de 32%. Une abstention défendue ce vendredi par Antoine Bueno, auteur de No vote! Manifeste pour l'abstention (éditions Autrement) lors du Bureau de Vote sur RMC.

L'abstention pourrait battre des records pour une élection présidentielle. A un peu plus de six semaines du premier tour, elle se situerait en effet aux alentours de 32% selon une enquête du centre de recherche politiques de Sciences Po (Cevipof) pour Le Monde publiée jeudi. Cela représente près de cinq millions d'électeurs, de quoi en faire le premier parti au premier tour du scrutin. Un niveau historiquement élevé car comme le rappelle cette étude, depuis 1974, l'abstention pour une présidentielle tourne autour de 20%.

"J'encourage l'abstention à condition de savoir pourquoi on le fait"

"Ce qui est important est de savoir pourquoi on s'abstient et, moi, ce qui m'intéresse c'est de constituer une véritable force politique: la force abstentionniste, une abstention active", explique ce vendredi sur RMC, Antoine Bueno, auteur de No vote! Manifeste pour l'abstention.

"J'encourage donc l'abstention à condition de savoir pourquoi on le fait. C’est-à-dire qu'il faut avoir une véritable pensée politique, savoir que tout ça nous concerne et tirer les conclusions d'une analyse froide et rationnelle du système représentatif. A savoir qu'il ne peut pas conduire à des réformes, qu'il ne peut pas conduire à la décision", poursuit-il.

"Aujourd'hui, le vote ne sert à rien alors qu'au contraire l'abstention peut être réformatrice", ajoute l'écrivain. "En disant cela, je dépasse complètement le 'tous pourris, tous pareil'. Selon moi, ce n'est pas l'offre politique qui pose problème mais le système politique qui génère cette offre. Je constate que neuf élus sur dix, les élus des Assemblées (locales, nationales, européennes), n'ont aucun pouvoir", estime encore Antoine Bueno. "On ne peut pas les blâmer de ne rien faire vu que, institutionnellement, ils ne peuvent rien faire".

"L'idéal serait de sortir du mandat représentatif"

"Je propose donc d'essayer le régime d'assemblée, c’est-à-dire un régime où ces élus-là auraient véritablement du pouvoir. Concrètement, le régime d'assemblée est une forme de régime parlementaire. Il fonctionne extrêmement bien en Suisse. En clair, dans ce régime, les ministères, aujourd'hui aux mains d'un ministre, sont dirigés directement par des commissions. Ce qui permet à ce que tous ces élus servent à quelque chose".

"Mais il y a aussi un élu sur dix, les élus de l'exécutif, qui eux aussi ne font rien parce qu'ils sont dans une logique clientéliste et carriériste", constate-t-il. "Pour lutter contre cela, je propose le mandat unique. L'idéal serait de sortir du mandat représentatif et d'essayer le tirage au sort mais ça c'est une autre proportion".

Maxime Ricard avec Jean-Jacques Bourdin