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Scandale au Parlement européen: la vice-présidente Eva Kaili arrêtée, soupçons de corruption qatarie

Le Parlement européen est touché par un énorme scandale. Cinq personnes ont été incarcérées ce week-end, dont la vice-présidente Eva Kaili. L'enquête porte sur des soupçons de corruption de la part du Qatar.

En plein Mondial au Qatar, c'est une déflagration qui secoue le Parlement européen. La police belge a procédé vendredi à 16 perquisitions simultanées chez des personnalités soupçonnées d’avoir été achetées par l’émirat du Qatar. Et les perquisitions ont été fructueuses puisque 600.000 euros en liquide ont été saisis. Cinq personnes ont été arrêtées et quatre aussitôt emprisonnées. Parmi elles, la Grecque Eva Kaili, une vice-présidente du parlement. Socialiste, c’est une ancienne présentatrice vedette de la télévision grecque.

Samedi, les policiers ont obtenu le droit de faire une nouvelle perquisition à son domicile à Bruxelles et "bingo", ils ont encore découvert des sacs de billets. Et un peu plus tard, ils ont arrêté son père, au moment où il tentait de mettre à l'abri de grosses sommes en liquide. Le compagnon de la député grec a lui aussi été arrêté.

Parmi les autres mis en cause, on compte un ancien eurodéputé italien, Pier Antonio Panzeri, aujourd’hui à la tête d'une association de défense des droits de l’homme, et Luca Visentini, un Italien qui se présente comme un poète mais qui est surtout à la tête de la plus grande organisation syndicale du monde, la Fédération syndicale internationale.

On leur reproche à tous d’avoir touché des pots de vins qataris, de très gros pots de vin si on s’en tient aux sommes déjà saisies. Le parquet fédéral belge soupçonne le Qatar d'influencer les décisions économiques et politiques du parlement européen en versant des sommes d’argents conséquentes ou en offrant des cadeaux de valeurs.

Et ça marche, puisqu’il suffit de regarder les propos récents par exemple d’Eva Kaili, la député grecque qui dort en prison. Le mois dernier, elle avait rencontré au Qatar le ministre du Travail. Et à son retour, à la tribune du parlement européen, elle l’avait qualifié de "chef de file en matière de droit du travail". Il faut oser le dire quand on connaît les conditions de travail des immigrés au Qatar… Quant à l'Italien spécialiste des droits de l’homme, il a estimé que le Qatar est une référence en la matière…

"La diplomatie de la Rolex"

Ce n’est pas la première fois que le Qatar est accusé de corrompre des élus européens. Mais c’est la première fois que des élus de ce rang se font prendre. Et l'enquête n’est pas terminée. L’eurodéputée française Nathalie Loiseau a dénoncé les menaces qu’elle a récemment reçues pour avoir été trop critique vis-à-vis du Qatar. Elle a gardé les messages.

Quant à Manon Aubry, de La France insoumise, elle a participé récemment au parlement européen à des négociations sur une résolution pour condamner le Qatar sur les droits de l’homme. Et elle s’était dite "sidérée", parce que quand elle entendait un certain nombre de députés socialistes (pas les Français), elle avait l’impression d’entendre l’ambassadeur du Qatar. Elle l’avait dénoncé dans une vidéo. Au vu de ce qui s’est passé ce week-end, elle considère qu’elle avait raison d'être sidérée.

C’est ce que l’on appelle "la diplomatie de la Rolex". Le terme est de Christian Chesnot, journaliste qui vient de signer un livre sur les secrets de l’influence planétaire du Qatar. Il raconte que Bruno Le Maire avait accompagné l'émir du Qatar quelques heures dans Paris quand il était ministre de l’Agriculture. En récompense, il avait reçu une montre Patek Philippe, cerclée de diamants, d’une valeur de 85.000 euros. Il ne l’avait pas gardée et l’avait remise au mobilier national. Mais Bruno Le Maire avait fait ce commentaire: "On devrait plus regarder les poignets de bon nombre de ministres".

Le Prince Charles d‘Angleterre avait lui reçu, après un entretien avec l’émir, des valises et des sacs remplis de trois millions d’euros. Il les avait reversés à une association caritative qui avait été très surprise de recevoir un tel don en liquide…

L’ancien Premier ministre qatari Ahmed Ben Jassem avait une devise pour parler de cela: "Tout s'achète, si l’on y met le prix". Tout s'achète mais il arrive aussi que ceux qui se font acheter terminent en prison…

Nicolas Poincaré