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A Briançon, les montagnards mobilisés pour les migrants: "Pour que la montagne ne soit pas un cimetière"

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Les montagnards de Briançon dans les Hautes-Alpes étaient mobilisés ce dimanche. Le collectif "Tous migrants" organisait une cordée solidaire au col de l'Echelle à 1.762 mètres d'altitude, pour alerter les pouvoirs publics sur les dangers encourus par les migrants qui passent la frontière franco-italienne dans les cols de montagne.

Pâquerette Forest est membre de l'association "Tous migrants", elle participe à des maraudes en montagne pour secourir les migrants.

"L'objectif de cette cordée solidaire, c'est d'alerter les pouvoirs publics et les citoyens sur les dangers que courent les migrants quand ils passent la frontière. On se dit qu'on ne veut pas que la montagne devienne un cimetière. Le renforcement des contrôles policiers conduit les migrants à prendre de plus en plus de risques en se cachant, en quittant les sentiers, et se mettent encore plus en danger que l'hiver dernier, quand il n'y avait pas de contrôle au col de l'Echelle pendant la nuit.

Tous les montagnards se rendent compte des dangers que courent les migrants. Quand nous allons en montagne, équipés, nous connaissons la montagne, nous savons marcher dans la neige, nous savons nous orienter, alors que là ce sont des gens qui arrivent en baskets, parfois sans gants, sans bonnet. Dès qu'il y a du vent, la température ressentie est nettement inférieure à la température affichée par le thermomètre, donc on peut avoir du -15, -20 degrés dans le col. Des gens pas équipés, qui n'ont pas l'habitude, se mettent en danger de mort. Et d'ailleurs plusieurs personnes ont été gelées. Une personne a été amputée des pieds. Actuellement, il y a des jeunes qui arrivent qui ont des gelures aux mains et aux pieds. Et d'autres séquelles psychologiques peuvent se révéler un an après.

"Ils sont prêts à tout pour passer"

C'est une grande chance qu'il n'y ait pas encore eu de décès, on ne sait pas ce que ça va donner cet hiver. On ne récupère pas tous les gens qui passent. Actuellement, il a énormément neigé, du côté italien, il y a 1,2m de neige, tout est fait pour dissuader les gens de passer, mais ils sont prêts à tout et on ne peut pas savoir s'il y en a qui ont tenté de passer.

Les migrants sont en général assez contents de nous trouver. Parfois, pour les aborder c'est compliqué parce qu'ils peuvent penser que c'est la police. Il y a eu plusieurs accidents liés à la présence de la police, notamment des jeunes cet été qui sont tombés dans un ravin. L'un d'eux est resté trois semaines dans le coma, il vient juste de sortir de l'hôpital de Grenoble pour aller en rééducation.

Le discours officiel du président reste de dire que l'on va sauver les migrants. De dire qu'on va récupérer 70 esclaves de Lybie. A côté de ça, les mesures prises vont totalement à l'inverse de ce discours".

P.B. (avec V.J.)