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Abattage de loups: "c’est un peu la course à en tuer le maximum"

France Nature Environnement s'insurge contre la proposition de Ségolène Royal d'abattre quatre loups supplémentaires. (Photo d'illustration)

France Nature Environnement s'insurge contre la proposition de Ségolène Royal d'abattre quatre loups supplémentaires. (Photo d'illustration) - PATRICK PLEUL / DPA / AFP

La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, veut autoriser l'abattage de quatre loups supplémentaires en plus des 36 déjà fixés, pour la saison 2016-2017. Les associations s’insurgent contre ces arrêtés, dénonçant aussi le lobby des chasseurs. France Nature Environnement témoigne pour RMC.fr

Stéphanie Morelle est chargée de mission dans le réseau Biodiversité de France Nature Environnement. Elle explique, pour RMC.fr, les positions de l'association concernant le nouvel arrêté que veut mettre en place Ségolène Royal, sur l'abattage de quatre loups supplémentaires, augmentant ainsi le chiffre à 40 au lieu de 36, sur la période 2016-2017. 

"Cette proposition n’a pas de sens. Elle n’apportera pas de solution aux problèmes que le gouvernement espère pouvoir résoudre. Si l’arrêté est publié, nous nous préparons à un éventuel recours juridique. Tout le problème vient du fait que le plafond, fixé à 36 loups, a été très mal géré. L’objectif n’est pas un quota à atteindre, mais un plafond à ne pas dépasser, c’est très différent. Avant la fin du mois de décembre 2016, 33 loups ont déjà été abattus. C’est un peu la course à tuer le maximum d’entre eux.

Le plafond fixé à 36 loups aurait été déterminé grâce à un calcul mathématique. Le gouvernement a expliqué que ce chiffre ne porterait pas atteinte à l’état de conservation de l’espèce, et là, on autorise l’abattage de quatre loups supplémentaires, on ne comprend pas. Est-ce que le modèle mathématique utilisé est fiable ou non? Est-ce qu’on peut changer de chiffre comme ça, en cours de route?

"Maintenant, les tirs de défense deviennent létaux"

Depuis trois ans, la population de l’espèce est en stagnation. L’augmentation du chiffre à 40 n’est pas anodine: on est avant les élections présidentielles, il faut donner des gages, et la pression des syndicats agricoles est très forte sur le ministère. Je pense aussi qu’on a à faire à une ministre (Ségolène Royal ndlr) qui ne gère pas ses dossiers avec une approche scientifique, raisonnée et raisonnable. On ne sait pas trop ce qui la dirige dans ses prises de position. Il serait nécessaire qu’on mette en place une étude qui essaie de déterminer si les tirs officiels, qui sont en nette augmentation, permettent d’avoir un effet sur la prédation des troupeaux, puisque c’est l’objectif qui est recherché. 

En théorie, lorsque le loup commence à commettre la prédation, il doit être touché par des tirs de défense (du plomb un peu fort ou des balles en caoutchouc). Il associera ainsi la tentative d’attaque sur le troupeau à une expérience négative, ce qui va limiter, voire arrêter, la prédation. Ensuite, il va inculquer au reste de la meute ce comportement d’évitement d’attaque sur les brebis. On ne passe aux tirs de prélèvement que lorsque, malgré la mise en place des tirs de défense, le loup continue à attaquer le troupeau. Or là, ce n’est pas ce qui se passe. On a facilité les tirs de défense, on a augmenté la puissance des armes, et maintenant les tirs de défense deviennent des tirs létaux. Un loup mort n’apprend rien!

"Cette mesure s’apparente davantage à une politique de régulation de l'espèce"

Aujourd'hui, on autorise même les chasseurs à abattre le loup lors de battues, alors qu’ils ne sont pas en mouvement d’attaque. On a complètement dévoyé ce que préconisent les textes européens, qui disent que le loup est une espèce strictement protégée, mais qu’on peut abattre des animaux dans certaines conditions (dommages importants et récurrents sur les troupeaux, pas d’atteinte à l’état de conservation de l’espèce, mise en place mesures de protection). Ces trois conditions ne sont jamais vérifiées.

En 2011, le plafond était fixé à six loups. Les conditions de déclenchement des tirs de prélèvement et des tirs de défense étaient d’ailleurs beaucoup plus strictes. En 2012, on est passé à 12 loups, à 24 en 2013, à 36 en 2015, 36 en 2016, avec l’autorisation d’abattre quatre loups supplémentaires. En 2011, les tirs de destruction étaient limités à neuf départements. Désormais, c’est partout en France, que le loup soit installé depuis longtemps dans un département ou qu’il vienne d’y arriver. On n’est plus dans une gestion du problème de prédation, cela s’apparente à de la régulation.

"Le loup reste la bête noire dangereuse aux abords des habitations"

Pour certains élus, les prises de position sont complètement démagogiques. Par exemple Christian Estrosi continue de faire croire et de dire que le loup a été réintroduit par les agents du parc national du Mercantour. Il a été condamné pour diffamation, mais maintient ses positions. Aujourd'hui, il en est à débloquer des sommes d’argent astronomiques, et promet de tuer le loup à l’aide de drones…. Ce sont des prises de position folles et totalement à côté de la plaque. Avant le retour du loup, les syndicats s’en fichaient des problèmes de la filière ovine. Pour eux, c’étaient des miséreux et des misérables. Maintenant, c’est un levier très pratique pour faire pression sur l’Etat.

Le loup n'attaque pas les humains, alors qu’il y a des centaines de morts chaque année à cause des chiens, sans compter les morsures, les hospitalisations… Je ne sais combien de personnes meurent aussi à cause des piqûres de guêpes, mais le loup reste la bête noire dangereuse aux abords des habitations". 

Propos recueillis par Alexandra Milhat