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Fuite mortelle d'un éleveur bovin: "je fais le lien entre ce drame et la solitude dans le milieu agricole"

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Deux gendarmes ont mortellement blessé Jérôme Laronze, un éleveur bovin de Saône-et-Loire, alors que celui-ci fonçait sur eux en voiture. Il était recherché depuis le 11 mai pour avoir violemment refusé un contrôle sanitaire. Pour Bernard Lacour, président de la FDSEA (Fédération départementale des Syndicats d'exploitants agricoles) de Saône-et-Loire, ce drame est significatif du manque d'accompagnement humain des agriculteurs. Il connaissait Jérôme Laronze.

Bernard Lacour est président de la FDSEA de Saône-et-Loire et agriculteur.

"C'est avant tout un drame humain. J'ai côtoyé Jérôme Laronze, je le connais. C'est un drame humain pour sa famille, ses proches et plus largement pour la profession. Nous, on a travaillé sur une charte des contrôles avec deux éléments déterminants: premièrement, la possibilité d'être averti d'un contrôle suffisamment à l'avance pour qu'il y ait une préparation. Et deuxièmement que l'agriculteur puisse être accompagné dans le contrôle. Qu'il puisse être entouré d'un voisin, d'un syndicat, d'un technicien qui puisse l'accompagner. Il y a une forme de pression au moment d'un contrôle et le fait d'être accompagné par quelqu'un modifie un rapport de force.

Là, il s'agissait d'un contrôle sanitaire en lien avec le bien-être animal et une problématique avérée de mauvais soins des animaux. On est sur un dossier connu depuis des années. C'est une fin tragique où les mêmes qui vont critiquer sont les mêmes qui poussent les pouvoir publics à faire des contrôles pour la traçabilité et le bien-être animal. Donc c'est un dossier complexe.

"On a besoin d'une vraie proximité avec nos agriculteurs"

Mais je fais un lien entre ce drame et la solitude dans le monde agricole. Et moi je suis critique à l'encontre des pouvoirs publics. On fait tout pour une centralisation des pouvoirs, on fait tout pour affaiblir les corps intermédiaires en essayant de les diviser. Mais au final, on a besoin dans un contexte difficile d'une vraie proximité avec nos agriculteurs.

Les contrôles sont souvent ressentis comme de la suspicion, de l'acharnement. Je refuse que l'on mette cela en parallèle avec l'accompagnement financier de l'agriculture. Toutes les agricultures au monde sont aidées. Par contre, il faut être en capacité de concilier l'accompagnement sur le terrain et les exigences légitimes des consommateurs de façon humaine.

Il faut qu'à travers le collectif, on essaie de briser ce carcan de la solitude. Quand il y a un divorce, des problèmes, l'isolement d'un agriculteur dans sa cour de ferme peut avoir des conséquences énormes.

Ça manque d'humain. Il y a une solidarité entre agriculteurs. Mais comme ils sont moins nombreux, ils ont moins le temps pour se pencher sur les problématiques de leurs voisins mais il faut être en capacité de le faire avec l'aide de l'administration locale. On essaie d'y travailler. Ce drame doit nous réveiller et nous imposer de travailler mieux. Nous devons être en mesure de tendre la main à ceux qui sont à la marge.

Cette fin tragique de Jérôme fait partie de la crise morale que traverse aujourd'hui l'agriculture et nous devons travailler là-dessus".

Propos recueillis par Paulina Benavente