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Gironde: il détourne une rivière pour alimenter son moulin, les riverains et la mairie sont furieux

C'est une historie rocombolesque qui se déroule dans un petit village de Gironde. Le Ciron, rivière classée Natura 2022, a été détournée sans autorisation par un particulier pour alimenter son moulin. Ses voisins et les collectivités locales sont furieux et ont lancé des procédures.

Pujols-sur-Ciron est une jolie petite commune de 800 habitants, en Gironde, bordée par le Ciron. La rivière est connue dans la région pour ses truites. Elle est même classée Natura 2000 par l’Union Européenne pour sa faune et sa flore exceptionnelles.

Mi-août, les habitants découvrent, stupéfaits, un barrage constitué de gravats et de vieilles pierres qui bouche le lit mineur de la rivière.

“On est en plein été donc ça avait déjà bien baissé avec la sécheresse et là, avec ce qu’il a fait, la végétation va sécher, les arbres n’ont plus les pieds dans l’eau … Donc ce n’est pas bon pour la faune et la flore", explique Franck, qui vit ici depuis toujours.

De l'eau pour un moulin

Le responsable de cet ouvrage improvisé, c’est un voisin: Jean-Pierre Bédouret, propriétaire d’un moulin du XIIIe siècle, tout proche. Il a acheté ce bien il y a neuf ans. Autour, il a construit des logements et souhaite désormais remettre en service le moulin pour produire de l'électricité propre.

Ainsi, pour l'alimenter, Jean-Pierre a décidé de renforcer un vieux barrage afin de détourner le lit mineur de la rivière. Problème: il a fait tout ça sans demander l’autorisation à personne. Il trouve ça d'ailleurs tout à fait normal (parce que “Je respire et je ne demande pas l’autorisation !") et ne comprend pas l'inquiétude autour ce barrage. Il est d'ailleurs bien décidé à ne rien changer:

"Je ne vois pas l’intérêt (de défaire ce barrage). Si je ne mets pas ce barrage en état, mon moulin ne sert à rien. Il ne marche pas. Je n’ai pas le choix. C’est un passage obligé. Je sais que ça va faire grincer des dents mais le moulin a une histoire, il fonctionnait avant donc on ne peut pas couper comme ça l’historique, de but en blanc, sous prétexte de règles environnementales", explique-t-il au micro de RMC.

En tant que propriétaire du moulin, Jean-Pierre a bien des droits sur les aménagements de la rivière autour de sa propriété. Mais il a aussi des devoirs, notamment de maintenir un débit d’eau suffisant, et surtout : il ne peut pas engager de travaux sans autorisation

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Des procédures engagées contre ce barrage

Les autorités locales sont remontées. Le maire de la commune, Dominique Clavier, s’est rendu sur place pour constater les dégâts. Il constate que Jean-Pierre "a vraiment obstrué de façon à ce que le lit mineur n’ait pratiquement plus d’alimentation comme on peut le constater."

Pour lui, "on ne peut pas intervenir sur un bord de rivière sans autorisation préalable et une étude d’impacts a minima. Et ça pose la problématique de comment va évoluer ce milieu en l’état." Le maire a alerté le Syndicat de la vallée du Ciron, responsable des aménagements sur la rivière, qui prend l’affaire très au sérieux:

"Je suis très attaché à ce qu’on pousse la procédure à fond, pas pour faire du punitif, mais pour qu’on revienne à ce que doit être le Ciron pour préserver le milieu", explique-t-il.

Le dossier est désormais entre les mains de la Direction Départementale des Territoires et de la Mer. L’organisme a constaté des infractions au Code de l’environnement. Des procédures vont être rapidement engagées pour restaurer l’écoulement normal de la rivière et sauver les poissons.

De son côté, l’Office national de la biodiversité nous a confirmé l’ouverture d’une enquête judiciaire. Les inspecteurs sont au travail, ce sera au parquet de Bordeaux de décider d’engager ou non des poursuites.

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Amélie Rosique et Elise Denjean avec Maxime Martinez