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Les lobbies ont-ils trop d’influence sur le gouvernement? Ça fait débat sur RMC

C'est une des raisons qui aurait poussé Nicolas Hulot à la démission: la présence de Thierry Coste, lobbyiste, à la réunion avec la Fédération nationale des chasseurs. Pour Nicolas Hulot, "la présence des lobbies dans les cercles du pouvoir […] est un problème de démocratie".

Les lobbies auraient-ils scellé la décision de Nicolas Hulot de quitter le gouvernement? Des lobbies qui sont là, partout, tout le temps, à chaque prise de décision. Ils travaillent pour le compte de grandes entreprises, des associations ou encore des ONG. Greenpeace a, par exemple, embauché 10 lobbyistes l’an dernier.

Leur mission: tenter d’influencer les décisions politiques, en défendant les intérêts de leurs clients auprès des ministres, des députés et d’autres acteurs politiques.

Depuis le 1er janvier 2018, ces lobbies ont l’obligation de s’inscrire auprès de la Haute autorité pour la transparence de l’autorité publique. S’ils ne le font pas, c’est 1 an de prison et 15.000 euros d’amende.

Selon le répertoire consultable en ligne, on compte 816 représentants d’intérêts en France. C’est beaucoup moins qu’en Italie (1.680 inscrits) ou au Canada (plus de 5.000). 36% des lobbyistes français sont des sociétés de conseil, 40% des organismes type syndicat ou chambre consulaire, 14% sont des ONG, 8% sont avocats ou simples consultants.

"Il faut parler avec tout le monde"

Parmi eux, on retrouve Thierry Coste, directeur général de Lobbying et Stratégies. Il déclare travailler notamment pour la fédération nationale des chasseurs:

"Si on parle plus des lobbies aujourd'hui avec Emmanuel Macron, c'est parce que c'est un gouvernement qui réforme, donc quand un gouvernement réforme, il faut parler avec tout le monde. Mais les lobbies sont les représentants d'organisations. La CGT fait du lobbying, les associations de consommateurs font du lobbying donc c'est normal. Ce qui compte, c'est qu'on n'avance pas avec des faux, il n'y a aucun conflit d'intérêt, je n'ai jamais fait de politique, je n'en ferai jamais. Ce n'est pas seulement la technocratie ou l'administration qui va décider".

Des lobbies qui peuvent être sans foi ni loi, Thierry Coste le reconnaît lui-même. "Mon métier n’est pas très déontologique, dit-il, je n’ai aucun état d’âme".

"Ils faussent la décision finale"

Surtout s’il sent qu’il peut intervenir jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. C’est bien là tout le problème pour Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement: "Ce qui est choquant c'est que l'on trouve des lobbies à des stades de décision où ils ne devraient plus être là. C'est ça qui ne va pas. Parce que là, ils faussent la décision finale, c'est-à-dire qu'ils interviennent après quand tout le débat est terminé, quand les autres ne peuvent plus s'exprimer. Là, ils font entendre leur voix et ils font changer, parfois, la décision qui était envisagée. Ça pose un problème de démocratie mais aussi un problème de confiance. Si vous pensez que la décision qui est prise n'est pas fondée sur l'intérêt général, vous ne pouvez plus avoir confiance dans la décision publique".

Quelques garde-fous existent. Interdiction pour les lobbies d’offrir des cadeaux aux responsables politiques, de les rémunérer s’ils interviennent dans des colloques ou encore de leur vendre des informations ou des documents. Bref, ils ont le droit d’influencer, mais pas de corrompre.

Matthieu Rouault (avec P.B.)