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Sécheresse: va-t-on manquer d'eau cet été?

La première quinzaine de juillet a été la plus sèche depuis au moins 60 ans. Face à cette sécheresse inédite, que faut-il faire pour économiser l'eau? Est-ce qu'il y a un risque de pénurie d'eau? L'enquête de RMC signée Lucile Pascanet.

Il fait toujours aussi chaud en France. Ce dimanche, 37 départements sont toujours en vigilance orange canicule et la première quinzaine de juillet a été la plus sèche depuis au moins 60 ans. Après un hiver plutot sec, les nappes phréatiques n'ont pas pu se remplir correctement et alimenter suffisemment les rivières. Combinez ça avec un printemps et un début d'été encore plus sec, et ajoutez la chaleur de ces dernières semaines, toutes les conditions d'une sécheresse exceptionnelle sont réunies avec de lourdes conséquence à la clé. Et toujours pas une goutte d'eau à l'horizon.

72 départements ont déjà restreint l'usage de l'eau et l'irrigation sur leur territoire. Parmi eux, des régions plutôt vertes et arrosées d'habitude, comme le Maine-et-Loire, le Morbihan ou la Sarthe. 21 départements sont en situation de crise localisée: c'est à dire qu'il est interdit de prélever de l'eau sauf dans les cas d'urgence. Plus le droit par exemple d'arroser ses plantes, laver la voiture ou remplir la piscine. Plus le droit non plus pour les exploitants d'irriguer les cultures.

Finies les douches à la plage

Ce ne sont pas les seuls efforts à faire. D'autres mesures ont été prises par les mairies et les préfectures, qui tentent aussi d'agir pour préserver l'eau. Exemple avec une initiative de saison. A la Grande Motte, les douches de plages sont petit à petit remplacées par des rinces-pieds. Ca ne plaît pas beaucoup aux estivans, mais le résultat est là, en passant de "2.000 m³ à 800 m³. C'est 1.200 m³ d'économes" explique Stéphane Rossignol, le maire de la ville.

"Une économie financière et environnementale: on avait constaté beaucoup de gaspillage avec des gens qui arrivaient avec leur serviette et leur gel douche" explique le maire.

2.000 m³ d'eau, ça fait 9.600 baignoires, à peu près la contenance d'une piscine olympique.

L'inquiétude des agriculteurs

Les habitants, les vacanciers doivent s'adapter. Mais ceux qui accusent le plus le coup face à cette sécheresse, ce sont les agriculteurs. Parce que s'ils n'irriguent pas leurs cultures, et d'autant plus lors d'épisodes de fortes chaleurs, c'est toute la récolte qui part en fumée. Cette année, c'est très compliqué.

"Cette sécheresse est très inquiétante. L'eau devient un facteur limitant. Sur certains secteurs, comme mon département, en foin et en fourage on est à 50% de récoltes par rapport à d'habitude. On n'a jamais vu ça", explique Laurent Despieds est président du syndicat agricole FDSEA en PACA.

Des pénuries localement

Nous ne sommes que mi-juillet et et la question d'un manque d'eau commence à se poser. Pour les spécialistes comme Vazken Andréassian, hydrologue à l'INRAE, cette secheresse sort clairement de l'ordinaire par son intensité. Comme l'eau est une ressource très locale, "il va y avoir des endroits où il va manquer d'eau et il va y avoir des endroits où il ne va pas manquer d'eau", explique-t-il.

"A Paris, il n'y a pas de problème. Les rivières sont réalimentés grâce aux réserves des barrages et les ressources des forages, des sources. En Bretagne, c'est du granit où il n'y a pas beaucoup d'eau souterraine. C'est plus fondé sur des réservoirs de surface qui, s'ils n'ont pas été bien alimentés cet hiver, vont pouvoir s'épuiser."

Pas de remèdes miracles pour le chercheur: il faut économiser l'eau au maximum, mettre en place des restrictions tôt, créer des retenues mais surtout, préconise-t-il, changer nos modes de productions agricoles.

Lucile Pascanet (avec MM)