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Pourquoi les pesticides néonicotinoïdes font encore polémique

Le retour des néonicotinoïdes, souvent appelés pesticides tueurs d’abeilles, n’en finit plus de faire polémique. Les organisations de défense de l’environnement ont décidé de s’adresser, dans une lettre, au ministre de l’Agriculture pour lui demander de faire marche arrière.

Cette lettre a été envoyée par 18 associations comme Greenpeace ou Générations Futures pour demander à Julien Denormandie de revenir sur sa décision. Le ministre de l’Agriculture veut en effet accorder des dérogations aux producteurs de betteraves. Ils auront de nouveau bientôt le droit d’utiliser des néonicotinoïdes, des pesticides pourtant interdits depuis 2018 car trop dangereux pour la biodiversité en général et les abeilles en particulier.

Le gouvernement se défend en expliquant que c’est aujourd’hui la seule solution pour lutter contre la jaunisse qui sévit dans les cultures de betteraves, mais aussi que la betterave étant récoltée avant la floraison, elle n’attire pas les pollinisateurs et que donc l’usage des néonicotinoïdes serait sans conséquence sur les abeilles.

Les néonicotinoides sont persistants dans l’environnement pendant plusieurs années

C'est vrai que la betterave est récoltée avant la floraison mais c'est faux de dire que les néonicotinoides n'ont aucun impact sur la biodiversité. De nombreux travaux scientifiques montrent que même en l’absence de floraison des cultures ils représentent un risque élevé pour les pollinisateurs.

Pourquoi? Parce que les insectes viennent s’abreuver des gouttelettes d’eau rejetées par les plantes traitées. Mais aussi parce qu'au moment de la semence des nuages de poussières déposent l’insecticide aux alentours des parcelles traitées sur les fleurs sauvages.

Et puis surtout parce que les néonicotinoides sont persistants dans l’environnement pendant plusieurs années, on les retrouve dans les sols parfois 10 ans après. Tout ça est très documenté, prouvé par des études scientifiques, études qui ont été validées par l’EFSA, l’autorité européenne de sécurité des aliments qu’on ne peut pas vraiment soupçonner d’être un organisme anti-pesticide.

Un symbole politique

Ces pesticides sont au coeur d'une querelle politique. D’abord parce qu’Emmanuel Macron s’était engagé pendant sa campagne à ne pas revenir sur l’interdiction des néonicotinoïdes. Mais aussi parce qu’en 2018 déjà le gouvernement avait envisagé dans un avant projet de loi de revenir sur cette interdiction.

Or, Nicolas Hulot, ministre de l’Ecologie à l’époque était aussi l’un des principaux détracteurs de ces pesticides, "les plus toxiques" selon lui. Après un énorme couac, le gouvernement avait fait marche arrière. Cette fois c’est l’actuelle ministre de l’Ecologie Barbara Pompili qui est mise face à ses contradictions. Elle qui est l’origine de la loi interdisant ces pesticides. En 2016, elle expliquait pourquoi il ne fallait pas instaurer de dérogations ad vitam aux néonicotinoïdes.

Aujourd’hui, c’est donc pourtant la même Barbara Pompili qui a donné son feu vert à la ré-autorisation de ces pesticides pour la culture de la betterave…et pourquoi pas bientôt d’autres cultures puisque désormais ce sont les producteurs de maïs qui demandent eux aussi le droit à ces dérogations…

Marie Dupin (avec J.A.)