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Vive la France! Le Mené, la commune qui a décidé de devenir autonome en énergie

Au Mené, dans les Côtes d'Armor, les 6.500 habitants répartis sur les 7 bourgs, ont un projet un peu fou: devenir 100% autonome en énergie d'ici 2025.

A Collinée, l'un des 7 villages de la Commune du Mené, même le bâtiment de la mairie est autonome en énergie. Structure en bois, panneaux solaires, le ton est donné. Car depuis 2005, le maire Jacky Aignel, développe un projet d'autosuffisance énergétique: "C'est un projet qui a été initié par des gens un peu illuminés. Le but de ce projet, c'était tout simplement de produire autant d'énergie qu'on en consomme de manière à avoir une certaine autonomie. Ce territoire comme tous les territoires français achète son énergie à l'extérieur. C'est quand même une quantité d'argent importante qui s'en va".

La commune dépense en effet 10 millions d'euros chaque année pour se fournir en énergie. Autant investir cette argent dans de nouvelles installations que pilote Kevin Poirée: "L'énergie, on s'en sert pour trois choses: électricité, carburant, chaleur. Et on s'est dit que ça pourrait être une bonne idée que ces 10 millions d'euros paient des gens du territoire pour produire de l'énergie".

30 agriculteurs ont développé une usine de méthanisation

Le Mené a évidemment pensé aux éoliennes, aujourd'hui largement installées sur le territoire. Mais ce n'est pas tout. Grande terre d'élevage, notamment porcin, 30 agriculteurs ont développé une usine de méthanisation, dont Pascal Soulabaye est le président: "L'excédent de lisier de porc des agriculteurs arrive sur le site. Nous, on va s'attacher à mélanger tout ça et à faire une ration la plus équilibrée possible pour nourrir un élevage de bactéries qui va digérer la matière organique pour produire un biogaz, le méthane, qui va produire de l'électricité et qu'on va revendre à EDF".

4.500 foyers profitent aujourd'hui de cette électricité et l'usine profite également à d'autres agriculteurs.

L'usine produit également de l'eau osmosée utilisée pour irriguer du bois de chauffage, autre point clé de l'autonomie énergétique. Et justement, on trouve à quelques kilomètres, des maisons un peu particulières que présente Kévin Poirée: "Ce qu'on appelle des maisons solaires, on en a construit 30 sur la commune. Ce sont des maisons qu'on loue. Le principe c'est qu'on récupère là-haut grâce à des panneaux thermiques de la chaleur du soleil qui est récupéré pour le chauffage, ce qui permet d'avoir un chauffage assuré à 90-95% juste par le soleil".

De l'huile de colza pour l'alimentation animale et les moteurs

Electricité , chauffage, il ne manque plus que du carburant au Mené. A défaut de pétrole, le colza est utilisé. Patrick Colleu est éleveur porcin, en charge de l'huilerie Ménergol: "On reçoit de la graine de colza, on la nettoie, on la presse et on fait de l'huile de colza pour l'alimentation animale en remplacement du soja", explique-t-il.

A première vue, pas moyen de faire rouler une voiture ou un tracteur sauf que l'huile de colza a bien des vertus: "C'est exactement la même huile qui peut servie à l'alimentation animale, à la carburation sans aucune modification", précise l'éleveur.

Malheureusement aujourd'hui, en raison du prix du pétrole faire rouler une voiture à l'huile de colza coûte plus cher que d'utiliser du gazole. Kévin Poirée a donc d'autres projets en tête: "On a deux objectifs: avoir une unité de stockage électrique et produire des agrocarburants locaux".

Objectif: être 100% autonome d'ici 2025 et pourquoi pas montrer l'exemple, comme le souhaiterait le maire Jacky Aignel: "Si c'est possible ici, c'est possible ailleurs aussi. Tout est possible!"

Des villages autonomes, il en existe également dans le Haut-Rhin, les Hautes-Alpes ou les Pyrénées.

Charlotte Peyronnet (avec P.B.)