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2.000€ net pour les profs: "le minimum" pour Barbara Lefebvre qui dénonce "un gros enfumage"

Dans les "Grandes Gueules" ce vendredi sur RMC et RMC Story, Barbara Lefebvre a estimé que l'annonce par Emmanuel Macron de la revalorisation des enseignants en début de carrière était "le minimum" et dénonce "un gros enfumage" avec le recrutement de nombreux contrats précaires, qui ne seront pas concernés par cette revalorisation.

Emmanuel Macron a annoncé, ce jeudi, lors d'un discours face aux recteurs d'académie, qu'aucun enseignant ne débutera en-dessous de 2.000 euros nets d'ici la rentrée 2023, soit "environ 10% d'augmentation". Une annonce qui représente "le minimum" strict pour Barbara Lefebvre, la chroniqueuse des Grandes Gueules de RMC et RMC Story, enseignante en reconversion, étant donné "le nombre d'années où on nous a gelé le point d'indice."

Elle donne un chiffre édifiant sur ce qu'elle appelle la "paupérisation des enseignants": "En 1980, un prof commençait à 2,3 fois le SMIC. Aujourd'hui, il commence à 1,1 fois le SMIC. Il y a eu le déclassement social qui va avec la paupérisation: le mépris social, 'les profs ça gagne petit', etc."

"Monsieur Macron et Monsieur Ndiaye sont bien aimables mais les propositions, ça fait des années qu'on les donne et maintenant on nous promet 2.000 euros par mois. Ça va être joli. Aujoud'hui, c'est 1.400 euros. Où vont-ils trouver l'argent, le pognon de dingue ?", dénonce la GG.

"2.200 euros après 20 ans de carrière"

"A un moment donné, le salaire, c'est aussi la reconnaissance de ton travail" explique Barbara Lefebvre. "Quand un père de famille (enseignant) pouvait nourrir une famille de cinq personnes dans les années 70, aujourd'hui ce n'est pas possible."

"J'ai terminé mes 20 ans de carrière à 2.200 euros. Ce n'est pas digne au bout de 20 ans de carrière ! On a fait des études, on bosse !", explique-t-elle.

Elle dénonce aussi l'image que les Français peuvent avoir des enseignants, "mal payés mais toujours en vacances": "Les gens ne se rendent pas compte de ce que c'est de parler pendant huit heures par jour. Tu finis la tête comme un prunier, tu fais surveillant, et en vacances, tu décompenses donc tu es malade."

Cette augmentation en début de carrière doit s'accompagner d'une progression tout au long de la carrière pour l'enseignant en reconversion. "Pap Ndiaye dit qu'il faudra travailler le milieu de carrière. En effet, car si on commence à 2.000 euros mais que après 15 ans, tu es toujours à 2.300 euros, ça va vous faire une belle jambe. Il faut une progression, car aujourd'hui, le milieu de carrière est encore plus pénible pour les enseignants que le début de carrière", estime celle qui juge que le demi-milliard d'euros prévu pour un fond d'innovation pédagogique doit aller dans la revalorisation des salaires.

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"Je crois que ça va être le feu"

Un constat partagé par Thomas Porcher qui craint une plus grande précarisation par le recours à de plus en plus de contractuels: "Comment vont-ils tasser sur l'évolution de carrière pour équilibrer les budgets? Qui va commencer à 2.000 euros? Si tu fais commencer des statutaires à 2.000 euros mais que tu prends 50.000 vacataires sur des petites heures, (ça n'est pas la même chose). Comme dans l'enseignement supérieur, tu as ceux qui sont statutaires, qui commencent bien avec une belle évolution de carrière, et ceux qui sont vacataires qui tournent et ne travaillent pas dans des bonnes conditions, qui sont payés avec des retards. 2.000 euros, c'est bien. Mais je me méfie, car il faut voir ce qui va suivre après" poursuit l'économiste, alors que Pap Ndiaye a annoncé un concours de titularisation des contractuels au printemps 2023.

"Le nombre des contractuels est passé de 14% à 22% de vacataires pendant le premier quinquennat Macron", surenchère Barbara Lefebvre qui dénonce "un gros enfumage" et espère que "l'union des syndicats" pendant les années Blanquer. Une union qui pourrait se faire à la base si on en croit le témoignage de Thomas, auditeur RMC et directeur d'école:

"Je crois que ça va être le feu. Sur les réseaux d'enseignants, il se dit que si on n'est augmenté que de ça, qu'à la rentrée 2023, l'année 2022-2023 va être une année blanche: pas de sorties scolaires, on fera le strict minimum. On est desespéré. Quel métier perdrait 30% de pouvoir d'achat en se taisant ? On a l'impression d'être les idiots du village" conclut-il.
https://twitter.com/mmartinezrmc Maxime Martinez Journaliste RMC