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Rentrée: malgré la pénurie de profs, un Hondurien empêché d'enseigner car il lui manque... la JAPD

Pour enseigner en France en étant étranger, il faut justifier d'un casier judiciaire vierge, de papiers en règles et de toute une batterie de documents supplémentaires. Guillermo, originaire du Honduras, a tous ses papiers sauf un. Ce qui l'empêche donc de faire sa rentrée.

Guillermo vient du Honduras. Il a 29 ans. Après un parcours scolaire exemplaire dans un établissement franco-hondurien, il est arrivé en France il y a 10 ans pour étudier. Licence de physique-chimie, Master 1 puis Master 2 Métiers de l’enseignement, il passe le concours de professeurs dans l’enseignement privé et il est reçu. En juillet, on l’informe qu’il est affecté dans un collège de Bergerac en Dordogne, il commence à préparer ses cours, visite l’établissement, il a même un casier à son nom.

Sauf que jeudi dernier il reçoit un coup de fil du rectorat: "Monsieur Siliezar, la préfecture a refusé votre demande de dérogation de nationalité, indispensable pour exercer. Si vous n’avez pas trouvé de solution d’ici une semaine, vous perdrez votre affection". Guillermo tombe des nues.

"Ce qui me fait le plus peur c’est de perdre le bénéfice de mon concours ce qui ne me semble pas normal. Où sont les valeurs de la République? Je ne suis pas un délinquant, je suis venu en France pour étudier, travailler et faire un service auprès des jeunes, les accompagner dans la construction du savoir. Tout ce que je veux c’est me retrouver jeudi matin devant ma classe, qu’ils me laissent travailler", explique-t-il à RMC.

Pourquoi son dossier est bloqué?

En France, un étranger peut devenir professeur dans l’enseignement privé. Il doit passer le concours, l'équivalent du CAPES, puis obtenir ce qu’on appelle une "dérogation à la condition de nationalité française". Le terme est un peu barbare mais pour faire simple, une enquête est faite par l’administration pour s’assurer que son dossier est parfait, que l’aspirant professeur n’a pas de casier judiciaire et que tous ses papiers sont en règle. Et c’est cette dérogation qui est refusée à Guillermo, au seul motif qu’il lui manque son attestation de Journée d’Appel de Préparation à la Défense (JAPD). Sauf que cette journée n’existe pas au Honduras, il ne peut donc pas produire le document.

Selon la FEP-CFDT, syndicat majoritaire dans l’enseignement privé, il y aurait une poignée de cas comme celui de Guillermo chaque année. Laurent Lamberdière, le secrétaire général du syndicat, le déplore: "Ce sont des professeurs qui ont souvent exercé en tant que suppléant dans un établissement, qui ont passé leur concours donc on considère qu'ils ont les compétences", assure-t-il à RMC

"Si la personne est légalement sur le territoire français il est normal que l'on puisse lui accorder la possibilité d'enseigner auprès des élèves surtout en cette période où il est difficile de trouver des enseignants. Le ministre parle de l'égalité des chances mais où est l’égalité des chances quand on prive les élèves de professeurs?", s'interroge Laurent Lamberdière.

Cette année, plus de 4.000 postes n’ont pas été pourvus aux concours enseignants, dont près de 300 dans l’enseignement privé. Et parmi les disciplines les plus déficitaires, il y a la physique-chimie, la matière que veut enseigner Guillermo.

Le rectorat de Bordeaux et plusieurs préfectures contactés

Lorsque que Guillermo a contacté RMC vendredi, il était désespéré. Il avait joint toutes les instances susceptibles de l'aider, il avait même fait appel à un avocat mais les délais étaient trop courts.

RMC a donc sollicité la préfecture de Gironde, la préfecture de Dordogne, le rectorat de Bordeaux. Et en un week-end, la situation s’est débloquée. Lundi après-midi, Guillermo a reçu le précieux document. Il a pu faire sa pré-rentrée au collège Sainte-Marthe de Bergerac mardi et sera donc devant ses élèves jeudi, pour son premier cours de physique-chimie.

Amélie Rosique, Joanna Chabas et Elise Denjean