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Rixes entre jeunes: "Quelque part, pour eux, se confronter à la mort c'est se sentir vivant"

Sabine Toupet, déléguée générale du Comité de la prévention spécialisée de Paris qui regroupe un grand nombre d'organisme associatifs qui travaillent pour l'éducation des jeunes dans les quartiers sensibles, décrypte le phénomène des rixes violentes entre jeunes dont la recrudescence inquiète.

Le phénomène des rixes entre bande de jeunes n'est pas nouveau, mais la recrudescence d'incidents graves ces dernières semaines inquiète beaucoup. Un adolescent a été tué dans la nuit de mardi à mercredi dans l'Est parisien, ce qui vient ajouter à la triste série de jeunes tués dans des bagares violentes. Il y a dix jours c'était un jeune de 13 ans qui a été tué aux Lilas dans une rixe qui s'est réglée à coups de barres de fer.

Des bagarres qui se multiplient et qui impliquent des protagonistes de plus en plus jeunes. Sabine Toupet, déléguée générale du Comité de la prévention spécialisée de Paris, une instance qui regroupe des associations de terrain qui interviennent dans les quartiers sensibles, tente de décrypter ce phénomène ce jeudi matin sur RMC. 

"Il va y avoir une succession de vengeances, si bien qu’à la fin on ne sait même plus comment ça a commencé"

Elle confirme que ce rajeunissement est constaté sur le terrain "quelque chose que relèvent les éducateurs et qui les choquent". D'autant que les rixes sont également de plus en plus violentes pour des motifs qui peuvent paraître dérisoire mais qui ne le sont pas pour ces jeunes. 

"Ca démarre souvent sur les réseaux sociaux. On appelle ça des broutilles, mais pour ces jeunes qui sont dans une quête d’affirmation, de virilité, d’identité, on est tout sauf sur de la futilité. Ca peut être le vol d’un petit objet, des relations affectives entre jeunes de quartiers différents... Et après il y a un engrenage, il va y avoir une succession de vengeances, si bien qu’à la fin on ne sait même plus comment ça a commencé. A nous ça nous paraît dérisoire, pour eux ça ne l’est pas car quelque part il s’agit de leur identité."

"Cette relation dangereuse face aux risques, ils en ont conscience"

Ces jeunes semblent inconscients à se taper à coups de barres de fer, mais cette violence ne serait pas totalement irréfléchie pour tous les participants. Certains tentent de fuir un quotidien marqué par l'échec face aux institutions dans une période où ils façonnent leur identité selon Sabine Toupet.

"La relation à la mort des adolescents est particulière, et chez ces jeunes gens qui sont déjà dans des difficultés de construction identitaire, c'est encore plus particulier. Quelque part, aller se confronter à la mort, c’est se sentir vivant quelque part. Cette relation dangereuse face aux risques, ils en ont conscience. Quand les éducateurs réussissent à aborder ces questions avec eux, ils sentent qu’ils peuvent servir de prétexte à ne pas y aller. Quand ils sont en mesure de proposer aux jeunes quelque chose d’alternatif, un projet, une sortie..." 

"On essaye de les amener à adhérer à un projet éducatif pour leur proposer de valoriser leur identité différemment"

Ces rixes qui pour ces jeunes ne sont "pas un passe-temps" seraient justifiées par des histoires "de loyauté, de territoire, de solidarité et d’identité du territoire" selon la déléguée du Comité de la prévention spécialisée. 

Comment remédier à cela ? Sabine Toupet explique que le travail éducatif est long et poussif, avec pour objectif final de réussir à leur faire comprendre qu'il y a d’autres façons de se sentir “vivant” qu’à travers la violence.

"Ce sont des adolescents relativement fuyants. Pour la plupart on va avoir des jeunes qui ont connu des échecs, des ruptures avec des institutions éducatives. On essaye de les amener à adhérer à un projet éducatif pour leur proposer un mode de de valorisation de leur identité différent. ‘Regarde ce que tu peux faire à travers un chantier de solidarité internationale, sur un chantier éducatif dans ton quartier où tu vas refaire des bancs, des jardinières, des cages d’immeubles'." 
J.A. avec Bourdin direct