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Tirage au sort des étudiants pour entrer à l'université: "C'est un gâchis d'argent public"

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Les lycéens de terminale vont découvrir ce jeudi leurs propositions d'orientation dans les universités. Et cette année, pour la première fois, le tirage au sort est autorisé pour les filières surchargées. Une injustice, estime Frédéric Dardel, président de l'université Paris Descartes. Il prône l'instauration de pré-requis, des critères minimums pour accéder à des cursus précis.

Frédéric Dardel est président de l'université Paris Descartes.

"Cette année, on devra sûrement faire des tirages au sort pour la PACES [première année commune aux études de santé, NDLR] et pour le STAPS [Sciences et techniques des activités physiques et sportives, NDLR]. Le tirage au sort est complètement injuste.

En PACES, dans mon université, depuis 6 ans que cette filière existe, nous avons 2.600 étudiants par an et aucun avec un bac non scientifique n'a jamais été admis en première année de médecine. Jamais, zéro. Pourtant tous les ans, nous avons des étudiants qui viennent avec un bac ES mention très bien. Ce ne sont pas de mauvais étudiants, mais ils n'ont pas les armes pour réussir et on les laisse s'inscrire. Et si on est en situation de tirage au sort, ils vont prendre la place d'étudiants qui, eux, ont une chance de réussir, donc c'est très injuste.

Par exemple, chez moi, tous les étudiants qui sont affectés en licence de mathématiques n'ont pas forcément tous un bac S. Et ceux qui viennent d'un bac ES ont les plus grandes difficultés parce qu'ils n'ont pas le niveau.

"Pour la mise en place de pré-requis"

On ne voudrait pas nécessairement une sélection à l'entrée de l'université mais la mise en place de pré-requis. La sélection c'est de dire que l'on prend les meilleurs dossiers, les pré-requis c'est de dire que l'on ne prendra que les gens qui remplissent un certain nombre de conditions.

Par exemple, il faudrait exiger d'un bachelier qui veut s'inscrire en droit qu'il ait eu la moyenne au bac de français. Le droit est une discipline de l'écrit cela permettrait d'être certains d'avoir des étudiants qui ont les armes pour réussir. Si on envoie des étudiants chez nous qui sont complètement démunis face à ce qu'on attend d'eux en première année d'université, ils se cassent la figure.

"Tout le monde y perd"

Pour nous, c'est un gâchis d'argent public: nous on y passe du temps d'enseignement, c'est un gâchis humain pour les étudiants qui sont en situation d'échec et c'est un gâchis social parce qu'il y a des gens qui viennent de milieux modestes pour lesquels c'est un coût lourd. Donc tout le monde y perd.

Il y a un fantasme de l'égalité d'accès et sur le fait que le baccalauréat est le sésame universel pour rentrer en université. Malheureusement ce n'est pas vrai. Envoyer un étudiant qui arrive avec un bac professionnel, donc qui n'a pas fait de disciplines académiques fondamentales et l'envoyer en licence générale, sauf cas particulier, c'est l'envoyer au casse-pipe. Les organisations syndicales sont attachées à l'égalité d'accès, l'égalité des diplômes, mais quand ça se fait à ce prix-là c'est absurde.

La seule critique que l'on pourrait faire à cela est que l'on pré-programme très tôt les élèves du secondaire sur ce qu'ils pourront faire plus tard. C'est une vraie objection recevable. Mais il y a des manières de contourner cela. Il faut imaginer des systèmes de remise à niveau pour que les gens qui veulent réellement entrer dans une filière puissent le faire. Il faut imaginer des passerelles pour que le système ne soit pas tubulaire. C'est vrai qu'à l'université on a des corridors très étanches malgré les différentes tentatives de réformes".

Propos recueillis par Paulina Benavente