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J'ai redoublé trois fois et je n'ai pas l'impression que cela ait servi à grand-chose

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Alors que le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer souhaite "autoriser à nouveau le redoublement" dès l'année scolaire 2017-2018, Bastien livre à RMC.fr son expérience en la matière: de la sixième jusqu'au baccalauréat, il a redoublé trois fois. Une scolarité qu'il juge lui-même "quelque peu chaotique" mais qui n'a eu, ensuite, aucune incidence sur sa vie professionnelle.

Bastien, 38 ans, a redoublé trois fois: la 5ème, la 2nde et la terminale:

"J'ai redoublé toutes les classes où l'on ne pouvait pas passer en choisissant. Plus précisément, à la fin de ma 6ème, on m'a proposé de redoubler mais je suis quand même passé. En fait, le conseil de classe du troisième trimestre émettait un avis défavorable à mon passage, conseillant à mes parents de me faire redoubler. Je ne le souhaitais pas et mes parents non plus donc je suis passé en 5ème. A la fin de celle-ci, j'ai redoublé une première fois. Ma seconde 5ème a été encore pire que la première mais je n'allais pas la tripler donc je suis passé en 4ème.

"J'ai été bachelier à 21 ans quand normalement on l'est à 17-18 ans"

A la fin de la 4ème, le conseil de classe à une nouvelle fois émis un avis défavorable à mon passage. Mes parents et moi avons refusé le redoublement donc j'ai pu passer en 3ème. A la fin de la 3ème, j'ai pu passer en seconde parce que, à l'époque, on pouvait émettre des choix sur la suite de notre scolarité. J'avais indiqué que je voulais soit redoubler dans le même établissement, soit un passage en 2nde générale. Le directeur et le conseiller d'éducation ne voulaient plus me voir dans leur école, ils ont donc préféré me laisser passer en 2nde.

Arrivé en 2nde, j'ai pris goût à la liberté du lycée. J'étais plus souvent dehors qu'en cours. J'ai donc redoublé ma 2nde. Je suis ensuite passé en 1ère ES uniquement par la volonté du professeur d'économie qui voulait m'avoir dans sa classe. A la fin de la 1ère, une fois encore, le conseil de classe émet un avis défavorable à mon passage. Mais je suis quand même passé en terminale. J'ai ensuite raté mon bac d'un cheveu. Bac que j'ai tout de même réussi à avoir la deuxième fois alors même que j'avais été absent tout le troisième trimestre. J'ai donc été bachelier à 21 ans quand normalement on l'est à 17-18 ans.

"Je me suis révélé après le bac en en réussissant très, très bien en école de commerce"

Le seul redoublement que je n'ai pas très bien vécu, c'est celui de la terminale. Parce que, à ce moment-là, on perd tous ses potes. Même les plus mauvais avaient eu, je ne sais pas comment, leur bac.

Avec le recul, je m'explique ce parcours quelque peu chaotique par le fait que j'étais un branleur, ni plus ni moins. Ce n'est pas parce que le modèle de l'école ne me convenait pas ou autre chose, c'est vraiment que je n'avais pas envie d'étudier. Et je n'étais pas trop embêté chez moi avec mes résultats scolaires.

En effet, mes parents n'exerçaient pas une discipline de fer sur moi mais ils m'avaient imposé une seule chose, et il n'y avait pas d'alternative: avoir le bac général. Ils ne m'ont pas mis de contrainte de vitesse d'avancement mais ils m'ont contraint à choisir la filière générale plutôt que technologique. Et tant mieux parce que je me suis révélé après le bac en passant des concours et en réussissant très, très bien en école de commerce. Ce qui n'était pas du tout écrit.

"J'étais le je-m'en-foutiste de service"

Pour être plus précis, j'ai continué dans la glandouille en partant à la fac, en STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives). J'étais plus souvent dans le local syndical que sur les bancs des amphis. J'ai donc lâché dès le premier semestre. Je suis parti vendre des costumes dans un magasin. En parallèle, j'ai passé des concours pour intégrer une école de commerce. La rupture avec la facilité et une certaine immaturité est apparue à ce moment-là. Même si à l'école, je n'étais pas la terreur violente qui se fait renvoyer de tous les établissements. J'étais gentil, un peu insolent, le je-m'en-foutiste de service avec des appréciations du style 'A des possibilités mais ne les exploite pas'.

"Je n'ai pas l'impression d'avoir progressé après mes redoublements"

Mon expérience me fait dire qu'en réalité tout dépend dans quel système on redouble. Redoubler c'est bien mais il faut qu'il y ait ensuite une certaine exigence. Le problème aussi aujourd'hui est que l'école, par volonté d'éviter trop d'inégalités, a tendance à essayer de mettre tout le monde au même niveau. Ce qui est le but du redoublement mais au final cela ne rend service à personne parce que l'exigence diminue pour tout le monde. C'est donc un système perdant-perdant. Et si l'on redouble dans le système actuel de l'école, isolément, cela ne change rien. La question n'est pas de savoir s'il faut redoubler ou non mais de savoir pourquoi redoubler.

Moi, je n'ai pas l'impression d'avoir progressé après mes redoublements. Ils ne m'ont pas servi à grand-chose dans les faits. Ils m'ont servi à arriver à un stade de prise de décision en étant plus mature. Je pense que l'on n'est pas tous égaux devant le redoublement, dans la capacité de percevoir notre avenir et de se projeter. Le redoublement peut nous amener à ce stade de décision sans nous enfermer dans des choix trop étroits telle qu'une orientation trop précoce. Avec le recul, je me rends compte que si on m'avait orienté en filière technologique, cela aurait été une grosse erreur".

Propos recueillis par Maxime Ricard