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"Les annonces électorales, on en a marre, ça fait 60 ans que ça dure!": la colère d'un représentant des harkis avant sa rencontre avec Macron

André Azni, président de l’association "Les harkis et leurs amis", répondait aux questions d'Apolline de Malherbe sur RMC.

C'était un cri de colère sur RMC. Emmanuel Macron préside lundi matin une réception consacrée aux Harkis, pour "franchir un nouveau pas" vers la reconnaissance de la responsabilité de l'État dans les souffrances de ces anciens combattants aux côtés de l'armée française durant la Guerre d'Algérie.

Ont été invitées à l'Elysée quelque 300 personnes: des Harkis, qui sont désormais très âgés, soixante ans après la fin du conflit, mais aussi leurs descendants, des responsables d'associations et des personnalités. Parmi eux, André Azni, président de l’association "Les harkis et leurs amis". Il était l'invité d'Apolline de Malherbe quelques heures avant d'aller à l'Elysée. 

Et il a fait part de son découragement: "Je vais lire une lettre ouverte à la sortie de l'Élysée. Emmanuel Macron a pris des engagements, j'espère que ce qu'il va annoncer sera à la hauteur de nos attentes. Les annonces électorales, on en a marre, cela fait 60 ans que cela dure!"

A quelques jours du 25 septembre, journée d'hommage nationale aux Harkis, ces anciens combattants - jusqu'à 200.000 hommes - recrutés comme auxiliaires de l'armée française pendant le conflit qui opposa de 1954 à 1962 des nationalistes algériens à la France. A l'issue de cette guerre, une partie d'entre eux, abandonnés par Paris, ont été victimes de représailles en Algérie.

Emmanuel Macron devrait notamment annoncer une revalorisation de leurs indemnisations, ainsi que pour leurs enfants. Et la réponse du chef de l'Etat au traumatisme subi par les harkis ne doit pas seulement être pécunière, il souhaite entamer un "travail de réparation".

Selon l'Elysée, Emmanuel Macron doit ainsi "franchir un nouveau pas" dans la reconnaissance de l'abandon des Harkis et de leur famille par l'Etat Français.

"Ce qui pourrait nous apaiser, c'est la vraie vérité"

Le président de la République devrait donc annoncer le déblocage de plusieurs millions d'euros, trois ans après une première enveloppe de 40 millions d'euros. Et ainsi ouvrir le chantier de la réparation, insistent les sources présidentielles. Mais dans son discours, Emmanuel Macron devrait aussi employer des mots très forts, pour prendre l'entière mesure de ce pan dramatique de l'histoire.

"Pour le moment, le compte n'y est pas" dénonce André Azni sur RMC. "L'histoire des Harkis et tragique et honteuse pour la France (...) Ce qui pourrait nous apaiser, c'est la vraie vérité, se mettre autour d'une table avec de vrais historiens, pas avec des falsificateurs de l'histoire (...) On voudrait une loi de reconnaissance et indemniser toutes les familles de Harkis. C'est le combat de toute une vie. Quand je me lève, je pense Harki, quand je me couche, je pense Harki" a-t-il confié avec émotion.

A partir de 1962, 60.000 harkis sont tués en Algérie, et près de 90.000 sont rapatriés en France, avec femmes et enfants, avant d'être parqués dans des camps ou des cités d'accueil indignes et insalubres. Un véritable traumatisme sur plusieurs générations et qui perdure aujourd'hui. Les harkis et les descendants représenteraient 800.000 personnes aujourd'hui en France.

XA