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"On m'a confié une quarantaine d'agressions": cet évêque estime que la pédocriminalité dans l'Eglise risque de continuer

DOCUMENT RMC - Pour parvenir à ces conclusions, la Commission a recensé des milliers de témoignages, et a auditionné 250 personnes.

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église a publié ce mardi matin son rapport après deux ans et demi de travaux. Un rapport qui devrait faire l'effet d'une bombe. Entre 2900 et 3200 pédocriminels ont sévi dans l'Église en 70 ans selon les premiers constats de cette Commission. Plus de 300.000 victimes ont été recensées selon le rapport.

“C’est un chiffre horrifiant. Derrière chaque chiffre, il y a des personnes qui souffrent. Il y a des situations dramatiques, des vies brisées. Aujourd’hui, les catholiques de France vont avoir le cœur brisé”, a indiqué sur RMC Emmanuel Gobilliard, l'évêque auxiliaire de Lyon.

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Pour autant, il affirme que les actes pédocriminels n’ont pas disparu dans l’Église.

“Aujourd'hui encore il y a des actes. Moi dans le diocèse de Lyon, on s’est réparti avec un de mes confrères, lui s’occupait des cas plus anciens et moi, j’ai établi avec le procureur de la République des relations de tel manière à ce que dès qu’on a un soupçon ça puisse être signalé, et donc j’en ai encore. Moi, on m’a confié au total une quarantaine de cas après la médiatisation de l’affaire Preynat”, explique-t-il.

“Le mal existera toujours"

S’il salue le rapport et le travail de Jean-Marc Sauvé, il estime que les crimes vont continuer d’exister.

“Le mal existera toujours. Le péché, la perversion, existeront toujours. Donc je ne peux pas vous dire qu’avec la sortie de ce rapport que tout va s’arrêter. Par contre il faut qu’on mette tout en œuvre pour que les conditions de mise en œuvre de ces actes puissent ne plus exister”, indique-t-il.

Pour rendre l'Église catholique plus sûre, les experts du rapport Sauvé proposent de changer en profondeur l'institution: transformation de la gouvernance de l'Église, prévention et formation des prêtres et des religieux, notamment sur la vie sentimentale et sexuelle. La commission recommande aussi de pérenniser les cellules d'écoute et d'indemniser financièrement les victimes, au cas par cas.

La Conférence des Évêques de France a d'ailleurs prévu un fond de soutien de 5 millions d'euros, évolutif au regard des conclusions du rapport. La commission devrait enfin inciter l'Église à faire le ménage dans ses rangs, avec des modifications du droit canon et ou encore un dispositif pour remédier au risque de violences sexuelles dans certaines congrégations. Le diocèse de Paris envisage par exemple d'ouvrir une structure d'accueil pour les prêtres mis en cause dans des affaires de violences sexuelles.

Gwenaël Windrestin avec Guillaume Descours