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Anciens malades du cancer et droit à l'oubli: "On nous met encore des bâtons dans les roues"

Anne-Sophie Robineau, co-fondatrice et présidente de l’association « On est là », association qui accompagne des malades du cancer âgés de 13 à 30 ans

Anne-Sophie Robineau, co-fondatrice et présidente de l’association « On est là », association qui accompagne des malades du cancer âgés de 13 à 30 ans - Visual

TEMOIGNAGES - Ce mercredi, les assureurs, la Ligue contre le cancer et le gouvernement signent une convention qui devrait améliorer les conditions du droit à l'oubli des anciens malades du cancer. Mais cette mesure devrait seulement changer la vie des personnes diagnostiqués avant l'âge de 15 ans, comme le regrette certains malades.

C'était l'une des mesures phares du troisième plan cancer lancé l'an dernier. Une promesse de Françoise Hollande. Ce mercredi, les assureurs, la Ligue contre le cancer et le gouvernement signent une convention qui devrait améliorer les conditions du droit à l'oubli des anciens malades du cancer. Actuellement, même guéris, les anciens malades doivent déclarer leurs antécédents médicaux aux établissements financiers pour contracter un prêt. Ce qui les expose aux surprimes des assurances frileuses.

"On l'a en travers de la gorge"

Désormais, cette convention, baptisée Aeras (Assurer et emprunter avec un risque aggravé de santé), devrait faciliter l'accès à l'emprunt pour les malades diagnostiqués avant l'âge de 15 ans. La période pendant laquelle ils seront obligés de mentionner leur cancer, après rémission, est en effet ramenée à 5 ans. Cependant, les autres malades, diagnostiqués après l'âge de 15 ans, devront eux attendre 15 ans avant de bénéficier de ce droit à l'oubli (avant cet accord, c'était 20 ans pour tout le monde, ndlr).

Un nouveau coup dur donc pour Chloé, 25 ans, actuellement en rémission d'un cancer du sein. "On l'a un petit peu en travers de la gorge puisque l'idée c'est quand même de pouvoir, un jour, réussir non pas à oublier mais à ne plus penser à cette foutue maladie. Et malgré tout, quand on a envie d'emprunter, on nous met encore des bâtons dans les rues.", regrette-t-elle. Car avec la nouvelle convention, Chloé a fait le calcul: "Je pourrais emprunter correctement à l'âge de 38 ans. Ça me parait un peu tard".

"Cela me ramène à mon passé de malade"

Anne-Sophie a 28 ans et elle aussi juge que cette convention ne va pas assez loin. A 24 ans, on lui a diagnostiqué un sarcome d'Ewing (cancer des os). Si elle est en rémission depuis deux ans et demi, elle ne pourra pas bénéficier de la principale avancée d'Aeras qui concerne les moins de 15 ans. "Oui j'ai été malade. Oui j'ai un cancer et, grâce au ciel, je suis encore là aujourd'hui. Mais je ne devrais pas me traîner ça encore 15 ans avant de pouvoir faire comme 'tout le monde' et demander un prêt à la banque pour pouvoir acheter un appartement", assure-t-elle.

"Plus je m'éloigne de la maladie, plus c'est la santé qui revient et la volonté de vivre avec. Mais le fait de devoir déclarer cette maladie face à un assureur ou un banquier cela me ramène à mon passé de malade. C'est difficile d'avancer avec ça", ajoute-t-elle. Et de se montrer catégorique: "Ce droit à l'oubli c'était un beau concept mais malheureusement il faut que j'attende encore".

"Ça nous paraît énorme"

"La maladie nous prouve qu'on a qu'une seule vie et qu'il faut en profiter à fond. Or, quand on a conscience de ça et qu'on a traversé justement la maladie, 15 ans (d'attente) ça nous parait énorme, estime encore Chloé. D'ici là, si elle veut contracter un prêt, elle devra mentionner son cancer à sa banque, essuyer parfois les refus des assurances ou accepter leurs surfacturations. Pourtant les rechutes sont rares pour une majorité des cancers comme l'explique Céline Lis-Raoux, directrice du magazine spécialisé Rose.

"Les cancers de bon pronostics, ce sont des cancers qui ont des taux de survie à 5 ans de plus 80%. C'est le cancer du sein, la maladie de Hodgkin, c'est le cancer des testicules pour les jeunes… Cela représente environ 150.000 nouveaux cancers par an. C'est pourquoi nous demandons qu'ils aient le droit à l'oubli comme les cancers de l'enfant, au bout de 5 ans." Une proposition qui sera débattue au sénat lors de l'examen de la loi Santé à partir du 14 septembre prochain.

Marion Dubreuil avec Maxime Ricard