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Droit à l'oubli bancaire pour les guéris du cancer: "Je me suis sentie rejetée"

Il y a un an François Hollande promettait le droit à l'oubli bancaire pour les anciens malades du cancer. En un an, la situation n'a pas évolué.

Il y a un an François Hollande promettait le droit à l'oubli bancaire pour les anciens malades du cancer. En un an, la situation n'a pas évolué. - AFP

Le 4 février 2014 lors de la présentation du troisième Plan Cancer (2014-2019), François Hollande avait promis la mise en place rapide d'un droit à l'oubli bancaire pour les anciens malades du cancer. Mais un an après, les choses n'ont pas vraiment changé: les anciens malades sont toujours pénalisés.

Ce vendredi, Marisol Touraine, ministre de la Santé, Geneviève Fioraso, secrétaire d'Etat à la recherche et l'Institut national du Cancer remettent à François Hollande le premier bilan d'étape du troisième Plan Cancer (2014-2019, un an après son lancement. L'occasion pour RMC de revenir sur l'un des engagements prioritaires du plan: la promesse faite par le président de la République d'accorder aux anciens malades d'un cancer le droit à l'oubli bancaire.

"On m'a demandé de revenir en 2017"

C'est-à-dire la possibilité pour un ex malade de ne plus mentionner la maladie qu'il a eue au moment de contracter un prêt bancaire et donc d'accéder au prêt et à son assurance normalement. Car le plus souvent, même des années plus tard, il est difficile voire impossible pour ces personnes d'obtenir une assurance pour couvrir un prêt bancaire. Ou alors, parfois, à des taux 10 fois supérieurs aux tarifs standards ! Or force est de constater qu'un an après, les choses n'ont pas vraiment changé: les anciens malades sont toujours pénalisés.

C'est le cas pour Laetitia qui a vaincu son cancer du sein en 2012. Mais lors de sa demande de prêt immobilier en octobre dernier, elle l'indique dans le questionnaire médical de son assurance. Et là, elle déchante: "Ils m'ont demandé les comptes rendus de chirurgie, des examens médicaux en plus… Au final, ils ont refusé de m'assurer et m'ont demandé de revenir en 2017". Elle n'a donc pas eu le droit à l'oubli bancaire. Ce que Laetitia a très mal vécu: "C'est très choquant car on me considère comme malade. Je ne peux pas le supporter car je ne le suis plus. Je me suis vraiment sentie rejetée".

"Mon tarif est multiplié par trois"

Une situation dénoncée dans Bourdin Direct par Céline Lis-Raouxe, directrice de "Rose magazine" destiné aux femmes victimes de cancers: "Aujourd'hui on est dans l'arbitraire car ce sont les assureurs qui décident que quelqu'un est guéri ou pas". Et d'ajouter avec véhémence: "On est dans une rupture de l'égalité citoyenne". De son côté, Marion, 27 ans, a eu un cancer du sein entre 2011 et 2012. Les médecins la considèrent désormais en "rémission parfaite". Aujourd'hui, elle veut construire une maison. Entre "les questionnaires", "les comptes rendus" et "les nouveaux examens", au bout de trois mois elle vient d'obtenir une assurance pour son prêt.

Mais tout n'est pas rose pour autant. En effet, "son tarif est multiplié par trois. Pour dix euros que paye mon conjoint, j'en paye trente". Une situation qu'elle dénonce: "On a du mal à se dire 'pourquoi je paye encore?'. On a l'impression d'avoir assez payé quand même et on se dit que plus rien ne sera simple comme avant".

Maxime Ricard avec Aurélia Manoli