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Assiettes en plastique dans les cantines bordelaises: "c'est un risque à ne pas prendre avec les enfants"

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La ville de Bordeaux a choisi de remplacer les assiettes des cantines scolaires par des assiettes en plastique. Une décision qui ne plaît pas aux parents d'élèves qui ont monté le collectif Cantine sans plastique. Parmi eux, Anne, qui explique à RMC.fr le danger potentiel de cette vaisselle jetable.

Anne fait partie du collectif Cantine sans plastique:

"Je suis biochimiste donc je suis assez sensibilisée au problème des perturbateurs endocriniens qui sont inévitablement associés au plastique alimentaire. C'est un risque à ne pas prendre surtout avec les enfants.

Nous avons appris début janvier que les assiettes allaient être remplacées par des assiettes en plastique. Certes, ces assiettes sont aux normes. Mais la norme, c'est un minimum. On sait très bien qu'en terme de perturbateurs endocriniens, très peu de molécules ont été interdites. Et elles ont été remplacées par des molécules qui ont une structure très proche. Des études ont d'ailleurs montré que certaines de ces molécules ont une toxicité aussi importante voire supérieure.

"Ce n'est pas sérieux"

La législation européenne est très en retard, donc nous, ça ne nous rassure pas. Nous pensons que les enfants n'ont pas à être exposés à ça quotidiennement. D'autant qu'il y a un projet d'extension qui prévoit que les collèges et lycées soient aussi équipés d'assiettes en plastique. Donc cela représente une quinzaine d'années d'exposition quasi-quotidienne pour les enfants, ce n'est pas sérieux.

Sur le plan écologique, c'est aussi un désastre. La mairie avait communiqué sur le zéro gaspillage, zéro déchet. Et là, on se rend compte que ce n'est pas du tout le cas. Au-delà de cette vaisselle en plastique, on se rend compte que les barquettes qui acheminent l'alimentation sont en plastique jetable. Pour chaque repas, ça génère énormément de déchets qui ne sont pas forcément triés.

Pour les assiettes en plastique, les industriels garantissent l'innocuité sur 500 lavages. Mais dans l'école de mes enfants, il y a trois services, donc 500 lavages, ça ne fait même pas une année scolaire. Et au bout de 2 mois, on se rend compte que les assiettes sont déjà bien détériorées par l'utilisation des couverts. Donc elles ne sont pas plus résistantes que la vaisselle traditionnelle et présentent ce risque d'exposition aux perturbateurs endocriniens.

"Etonnant qu'il n'y ait pas plus de questionnement"

Il faudrait les changer plus d'une fois par an, et économiquement ce n'est pas supportable. On sait que la mairie ne le fera pas parce qu'on est dans une logique de réduction des coûts. Ils envisagent au bout d'un an d'évaluer la détérioration des assiettes pour programmer un éventuel remplacement. Je pense que ce ne sera pas fait à la fréquence à laquelle elle devrait l'être. Et ce n'est d'ailleurs pas ce que nous souhaitons si c'est pour la remplacer par d'autres assiettes en plastique.

Je trouve cela étonnant qu'à la mairie il n'y ait pas plus de questionnement. La mairie essaie un peu d'endormir tout le monde en disant que c'est conforme à la réglementation. Evidemment que c'est conforme à la réglementation, c'est un minimum, mais ce n'est pas acceptable quand on connait le mécanisme des scandales sanitaires.

Quand je vois le coût que ça a représenté pour la municipalité de Bordeaux, ça me semble colossal. La vaisselle antérieure n'a pas encore été éliminée des écoles donc on peut peut-être revenir en arrière".

Propos recueillis par Paulina Benavente