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"C'est un fiasco annoncé et prévisible": le coup de gueule de l'épidémiologiste Martin Blachier sur la campagne de vaccination française

DOCUMENT RMC -  Pour l'instant, seules 516 personnes ont été vaccinés, contre plus de 100.000 en Italie et plus de 200.000 en Allemagne. L'épidémiologiste Martin Blachier était sur RMC.

La France a débuté fin décembre sa campagne de vaccination contre le Covid-19. Mais les autorités sanitaires prennent leur temps. Résultat au 1er janvier, 516 personnes avaient été vaccinées contre plus de 100.000 en Italie et plus de 200.000 en Allemagne, pays voisins qui ont débuté leur campagne en même temps. De quoi interroger et énerver parfois, notamment à l’Elysée. Emmanuel Macron, qui a visiblement découvert l’organisation déployée en même temps que ses concitoyens, a déploré dans le JDD une campagne "ni à la hauteur du moment ni des Français".

Et il n’est pas le seul à être en colère. L’épidémiologiste et médecin de santé publique Martin Blachier, qui s’attendait dès décembre à une campagne de vaccination ratée, a de nouveau déploré ce lundi matin sur RMC "un fiasco annoncé et prévisible". Et selon lui trois erreurs majeures ont été faites :

"Il y a eu une erreur d’état d’esprit et de communication. On a épousé la défiance des Français plutôt que d’essayer de la contrer. La seconde erreur c’est le processus avec cinq jours de réflexion, un consentement écrit et un entretien de 20 minutes avec un médecin pour vous convaincre. Comment vous voulez plus augmenter la défiance ? Enfin troisième erreur, l’erreur logistique : on a fait l’inverse de ce qu’il faut avec un vaccin à conserver à -80 degrés. Vous avez des flacons pour vacciner cinq personnes et vous ne pouvez pas les garder plus de cinq jours dans un frigo à moins de 20 degrés", déplore-t-il.

"La campagne de vaccination elle n'a pas commencé, il ne s'est rien passé", ajoute Martin Blachier. L’épidémiologiste assure que le fiasco en marche va pousser les autorités à revoir leur stratégie dès cette semaine: "Ce qui va disparaître c'est ce délai de 4-5 jours, ensuite ils vont faire des centres de vaccination alors qu'ils ont dit qu'ils ne voulaient pas en faire et enfin ils vont ouvrir aux plus de 65 ans, parce qu'en continuant de vacciner uniquement les soignants et les gens dans les Ehpad, ils ne vont pas augmenter le nombre de vaccination".

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"Tout est rattrapable, il faut changer de stratégie, peut-être changer d'équipe"

Il aurait fallu selon lui combattre la défiance: "Ce n'est pas une question de ne pas avoir les doses, nous les avons. Simplement, on pensait que les Français n'iraient pas à la vaccination alors on n'a même pas organisé de campagne de vaccination. Il faut préparer la vaccination et enclencher la dynamique, après les autres suivront".

Concernant la logistique, Martin Blachier plaide pour la mise en place de centres de vaccination, un temps rejeté par les autorités sanitaires. Pourtant jeudi dernier, le ministre de la Santé Olivier Véran a fait volte-face, et annoncé l'ouverture début février de centre de vaccination en ville pour les plus de 65 ans. "Tous les pays du monde font des centres de vaccinations. Nous on n'a fait que créer des problèmes. On risque de perdre des doses en faisant vacciner chez les généralistes".

"Le retard de la France est rattrapable. Tout est rattrapable, il faut changer de stratégie, peut-être changer d'équipe mais on peut très bien passer d'une mauvaise à une bonne stratégie. Peut-être qu'ils vont vouloir assumer et dire qu'ils vont ne rien changer mais ils vont faire comme d'habitude et changer finalement", conclu Martin Blachier.

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Guillaume Dussourt