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Coronavirus: les hôpitaux ont-ils refusé les patients venus d'Ehpad?

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Les hôpitaux des régions les plus touchés ont-ils abandonné les résidents des Ehpad ? C'est ce qu'affirme l'hebdomadaire Marianne, révélant dans une enquête que les services du SAMU auraient conseillé aux établissements de garder leurs résidents en chambre refusant de les prendre en charge.

En grande difficulté avant même la pandémie, les hôpitaux français ont du faire face à l'épidémie de coronavirus avec les moyens du bord. Devant l'afflux de cas graves infectés par le covid-19, certains établissements auraient même été obligés de trier les patients. Et selon une enquête de l'hebdomadaire Marianne, certains centres de régulation du Samu auraient même refusé d'hospitaliser des résidents d'Ehpad, alors que ces établissements accueillant des personnes âgées vulnérables payent un lourd tribut depuis le début de la crise.

Une sélection qui ne choque pas certains professionnels de santé qui l'estiment nécessaire en cas d'afflux importants de malades ou de blessés: "Dans des circonstances inhabituelles, comme l’épidémie de coronavirus on change notre façon de travailler, le système de soin va s’organiser et mettre en place une chaîne de décisions qui n’est pas la chaine habituelle. On a donc un médecin appelé 'médecin trieur' qui prend la décision de prendre en charge ou non certains patients. C’est de la médecine de guerre que l’on appel 'd’afflux massif'", explique ce lundi sur le plateau des Grandes Gueules Michel, médecin-réanimateur en Charentes-Maritimes.

Mais le doute subsiste. Pourquoi, si cette doctrine s’est appliquée notamment aux résidents d'Ehpad, le ministre de la Santé Olivier Véran a tapé du poing sur la table contre les Agences régionales de Santé (ARS) comme le révèle l’hebdomadaire Marianne ? Par pure communication estime Michel: "Quand la politique et la médecine rentrent en contact, elles le font en friction. Le politique a la nécessité de la réponse publique à une situation. Le médecin a la nécessité de répondre à une question médicale avec les moyens qui lui sont donnés", estime le praticien.

"En France, le mois de février est un mois de perdu"

Du côté des Ehpad, on dénonce un système de refus organisé: "Pendant trois semaines dans le Grand-Est, en Bourgogne-Franche-Comté ou en Île-de-France, les Ehpad mettaient six à huit heures à avoir le Samu au téléphone. On leur expliquait alors que ce n’était plus à leur médecin ordinaire de décider ou non de l’hospitalisation de leur patient malade mais exclusivement au régulateur du SAMU", explique sur RMC Laurent Valdiguié, journaliste à Marianne et co-auteur d'une enquête sur les refus d'hospitalisation aux résidents d'Ehpad.

"Le grand secret, c’est que par moment on a dit aux Ehpad, 'on ne prend pas vos patients, gardez-les en chambre'. Ce n’était pas une décision du régulateur, c’est qu’on n’avait plus la place, le système était saturé. Des gens sont morts dans l’indifférence générale dans leur chambre dans les Ehpad, où l’on avait plus de masques", ajoute le journaliste.

Selon lui, la situation dans les Ehpad face à l'épidémie de coronavirus a trop longtemps été ignorée par les pouvoirs publics, alors que les autorités ont attendu le 2 avril pour leur demander de recenser leurs morts. Et les appels à l'aide des établissements auraient également été ignorés par le ministère de la Santé. Ainsi le Synerpa, le syndicat professionnel des Ehpad privés, aurait alerté la ministre de l'époque Agnès Buzyn dès le début du mois de février. Des courriers qui seraient restés lettre morte, avant une réunion à la demande du syndicat le 3 mars seulement: "En France, le mois de février est un mois de perdu. Pour la commande de masques, de tests et pour l'anticipation du confinement dans les Ehpad", conclu Laurent Valdiguié.

Guillaume Dussourt