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"Expliquez-nous": "Accepter le risque" ou comment l'Italie entre dans sa deuxième phase de déconfinement

L'Italie a décidé d'accélérer son déconfinement. Dès ce matin, la liberté de circuler est en partie rétablie et la plupart des commerces rouvrent leurs portes. Le pays qui a longtemps été le plus touché d’Europe voudrait tourner la page.

Le gouvernement italien a planché toute la nuit de samedi et dimanche pour peser le pour et le contre et finalement les décisions surprises ont été annoncées dimanche matin. Avec 15 jours d’avance sur le calendrier prévu, les Italiens retrouvent le droit de circuler librement et sans justificatif à l’intérieur de leur région. Jusqu'à dimanche, c'était avec justificatif et seulement à l'intérieur de sa commune.

Tous les commerces sont autorisés à rouvrir ce matin, mais aussi, les musées, les sites touristiques, les églises et surtout les restaurants et les bars. L'Italie avait été le premier pays à se confiner une semaine avant la France. Le pays s’est aussi d’abord déconfiné plus prudemment que les autres, jusqu'à cette soudaine accélération annoncée dimanche matin.

Et le nouveau calendrier prévoit d’autre réouvertures ces prochaines semaines. Lundi prochain ce sera l’ouverture des piscines et des gymnases. Puis 10 jours après, la liberté totale de circuler et la réouverture des frontières. Dès le 3 juin, les Italiens auront le droit de circuler dans tout le pays, sans aucune restriction et les touristes étrangers européens pourront venir, sans subir de quarantaine. 

Sauf mauvaise surprise, dans un peu plus de 15 jours, l'Italie sera donc un pays totalement déconfiné, à l’exception des écoles qui resteront fermées jusqu’à la rentrée de septembre. 

Accepter le risque

Si le Premier ministre Giuseppe Conte a reconnu qu’il y avait un risque. Il a même dit qu’il imagine que les courbes de contamination et de décès puissent remonter. Mais selon lui, il faut accepter ce risque parce que sinon, l‘autre choix c’est de rester enfermé jusqu'à l’arrivée d’un vaccin, et sa distribution à tout le monde. Autrement dit, une perspective beaucoup trop lointaine.

En clair, c’est un risque, dit le Premier ministre italien mais on n'a pas le choix. Pour limiter ce risque le gouvernement voudrait instaurer un système de traçage des malades.

Le système français s’appelle "Stop Covid", le système italien c’est "Immuni". A part la différence de nom, c’est exactement la même chose. Une application sur les téléphones pour enregistrer par Bluetooth les personnes que vous avez rencontrées avant d'être testé positif. Sur la base du volontariat et sans géolocalisation. Et l’idée provoque les mêmes réticences et le même débat qu’en France et aussi le même retard à l’allumage.

Mais en Italie, localement on fait appel à la technologie pour la prévention. Dans tous les musées de Florence et dans la célèbre cathédrale, on va distribuer aux visiteurs des colliers qui vibreront dès que vous serez à moins de 2 mètres d’un autre visiteur.

Dans l’aéroport de Rome Fiumicino, une trentaine de caméras thermiques ont été installées, et des employés se déplacent dans la foule avec des casques qui enregistrent la température de quelqu'un jusqu'à 7 mètres de distance. Et dès que quelqu’un sera repéré avec de la fièvre, il sera aussitôt évacué par ambulance dans un hôpital.

Des mafieux en liberté

Les Italiens ont aussi ouvert les portes des prisons assez largement. C’est le correspondant de Libération à Rome qui le raconte ce matin. Pour éviter la contamination dans les prisons surpeuplées, plusieurs milliers de prisonniers ont été relâchés et assignés à résidence chez eux. Souvent, sur des critères d'âge.

*Seulement voilà, les très vieux prisonniers en Italie sont souvent les plus grands chefs de la mafia. 500 parrains ont été libérés, dont le boss de la mafia de Palerme parce qu’il a 78 ans. Ou encore un chef mafieux de 85 ans qui avait assassiné un enfant, le très jeune fils d’un repenti, avant de dissoudre son corps dans l’acide. L'affaire a fait scandale et ces derniers jours, quelques grands mafieux ont déjà été réincarcérés. 

La France a protesté contre la décision italienne de rouvrir ses frontières le 3 juin sans concertation. Le ministre de l'intérieur Christophe Castaner a regretté dimanche cette décision unilatérale. Il aurait préféré une décision concertée des pays de Schengen à partir du 15 juin.

Mais les Italiens n'ont que faire de cette protestation française. Parce qu’en ce moment, il ne faut plus leur parler de l’Europe. Pour la première fois dans l’histoire du pays, les sondages indiquent qu’une majorité d'Italiens souhaitent sortir de l’Union européenne. On a vu des maires enlever le drapeau européen de leur mairie et même des particuliers se filmer en train de brûler ces drapeaux.

Les Italiens estiment que l’Europe n’a fait preuve d’aucune solidarité lorsqu’ils ont été les premiers frappés. Et on peut difficilement leur donner tort. 

Nicolas Poincaré