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"Dupin Quotidien" - Plastique: alerte sur le bisphénol S

Le bisphénol S, qui avait remplacé le bisphénol A dans nos emballages alimentaires, serait finalement plus toxique que lui selon une étude menée par des chercheurs toulousains.

Depuis l'interdiction, en 2012, du bisphénol A, réputé pour être un grave perturbateur endocrinien, celui-ci a été remplacé par le bisphénol S.

Cependant, une étude de l'école nationale vétérinaire de Toulouse, en collaboration avec l'INRA, révèle que ce dernier serait encore plus dangereux. C’est la première fois qu’on évalue le risque du bisphénol S pour la santé lorsqu’il est ingéré. Et les résultats sont assez effrayants.

Le bisphénol S serait donc plus dangereux que le A, car il passe beaucoup plus facilement dans le sang et est bien moins assimilé par le foie. Environ 60% du Bisphénol S que nous allons ingérer va tout simplement rester en nous.

Du coup, en remplaçant le A par le S, on a multiplié par 250 les concentrations dans le sang de ce perturbateur endocrinien.

Cancer, puberté précoce...

Pourtant les autorités sanitaires avaient justement interdit le bisphénol A car trop dangereux. On retrouvait alors la matière dans les biberons puis dans tous les contenants alimentaires. On le soupçonnait d'augmenter les risques de puberté précoce chez les femmes, de cancer de la prostate ou du sein, et d'anomalies de reproduction.

Les industriels ont donc utilisé le S comme solution de remplacement, car il a les mêmes propriétés techniques et économiques et sa dangerosité n’a jamais vraiment été avérée... jusqu'alors.

Problème, aujourd'hui, on retrouve du bisphénol S presque partout: biberons, vaisselle pour enfants, canettes, conserves… 7 tickets de caisse sur 10 contiennent du bisphénol A ou S. Il est aussi présent dans vos tickets de parking ou de cinéma.

Contactée par RMC, l’association des industriels de l’alimentaire a pourtant assuré qu’ils n’avaient pas remplacé le A par le S dans les emballages alimentaires mais qu’ils s’étaient tournés vers d’autres matériaux moins dangereux, le PET opaque et le PEHD… Ceux qui l'utilisent doivent en tout cas mener des tests pour déterminer les risques associés. Mais aucune obligation concernant l’exposition des consommateurs.

Ce n’est pourtant pas la première mise en garde contre ce produit

En 2015, des chercheurs de l’Inserm pointent les dangers potentiels du Bisphénol S. En 2017, l’Anses, dans un rapport commandé par le gouvernement, conclut alors qu’il faut être particulièrement prudent avec ce produit et le surveiller.

La même année, c’est l’association "60 millions de consommateurs" qui appelle les autorités à réagir. Après avoir analysé les mèches de cheveux d’une quarantaine d’enfants, le bisphénol S est présent dans 98% des échantillons. 

Et en février 2018, la France a elle même alerté la commission européenne des dangers relatifs au bisphenol S et proposé un encadrement plus strict. Si le risque pour la santé est avéré, il pourrait être retiré des papiers thermiques. 

Anaïs Bouitcha avec Xavier Allain