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Grippe aviaire: "Si on est obligés à nouveau d'arrêter la production, on est morts"

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La découverte de plusieurs foyers du virus H5N8, la grippe aviaire, est un nouveau coup dur pour la filière foie gras, déjà immobilisée plusieurs mois dans le Sud-Ouest l'an dernier. Jacques Candelon, producteur de foie gras dans le Gers confie à RMC.fr, ses craintes d'un nouvel arrêt de son activité.

Jacques Candelon, producteur de foie gras dans le Gers tient un élevage de 200.000 canards et emploie une vingtaine de salariés. Trois de ses sites d'élevage sont situés dans deux zones de surveillance, c'est-à-dire dans un rayon de 10km autour d'un foyer de grippe aviaire. Cela signifie que tout mouvement d'oiseaux depuis cette zone est interdit jusqu'à nouvel ordre.

"Ça tombe très, très mal. On est à quatre semaines de Noël, on est sur les grosses ventes de fin d'année surtout en ce qui concerne les produits frais. Pour nous c'est une catastrophe. Pour la région et le département, c'est une catastrophe. C'est 70% du chiffre d'affaires qui est fait à cette période.

Ça veut dire que toute l'économie liée à la volaille est mise à l'arrêt. On a des lots qui étaient censés être abattus toute la semaine et là on ne sait pas quand on pourra les abattre. On ne peut pas garder des animaux en gavage ad vitam aeternam. Techniquement ça pose des problèmes, on est sur une phase d'engraissement qui dure entre 12 et 14 jours mais on ne peut pas les garder en gavage pendant 1 mois. Rapidement va se poser la question du devenir de ces animaux.

Pour l'élevage, c'est un peu moins problématique parce qu'on va continuer à nourrir les animaux, ils vont vieillir. Mais économiquement parlant, c'est catastrophique parce que maintenir en production des animaux qui sont prêts à partir ça a un coût.

"On ne se relèvera pas deux fois d'un arrêt d'activité"

Une zone de surveillance est levée au mieux 30 jours après le nettoyage et la destruction du site contaminé à condition qu'il y ait d'autres cas.

Si on a des foyers importants et qu'on est obligé à nouveau d'arrêter la production, on est morts, c'est réglé. On ne se relèvera pas deux fois de suite d'un arrêt d'activité.

On en est pas là, mais on ne dort pas bien la nuit. On pensait qu'on en était sorti et là, on revient dedans. C'est pire que l'année dernière parce qu'on est à quatre semaines de Noël. L'année dernière ça avait été après Noel, donc le gros des ventes avait été fait. Là on est en plein dedans, c'est compliqué à vivre.

"Si on va dans le mur, on perd tout"

Que ce soit pour les producteurs ou les entreprises, l'inquiétude est grande. On a investi en biosécurité, on a fait des aménagements, on a renouvelé le matériel de l'abattoir, à chaque fois que vous investissez, vous signez au bas de la page, donc au niveau endettement on est tous chargés y compris à titre personnel. Si on va dans le mur, on perd tout. Réellement. Il ne nous restera rien.

On sort de quatre mois d'arrêt d'activité, on n'avait pas besoin de ça. Il y a quand même une colère dans la profession parce qu'autant personne n'est à l'abri d'une contamination par la faune sauvage, autant dans le cas présent, les trois foyers du Gers sont tous issus d'un même lot de canards amenés du Tarn. On est en droit de se poser des questions sur l'opportunité de sortir ou d'autoriser ces animaux à sortir quand il y a un foyer de grippe aviaire à moins de 800 mètres. Il y a eu un défaut quelque part".

Propos recueillis par Paulina Benavente