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Prise de parole d'Emmanuel Macron: la situation sanitaire est-elle si inquiétante que ça?

EXPLIQUEZ-NOUS - Emmanuel Macron prendra la parole ce mardi soir sur la situation sanitaire. Est-ce que cela veut dire que la situation est grave sur le front du Covid?

La situation n'est pas critique en France sur le front du Covid-19, et c'est pour cette raison que l'annonce de cette intervention présidentielle a pu surprendre. En revanche, la situation en Europe est assez dramatique et c’est cela qui va rendre nécessaire de nouvelles annonces.

En France, nous faisons face à une reprise “légère” depuis 5 semaines. Le nombre de cas quotidiens a augmenté de 60% depuis le premier octobre. On est en moyenne à 7.200 cas par jour, c’est trois fois moins qu'à la mi-août, et sept fois moins qu’il y a un an, en novembre dernier. Et dans le même temps, le nombre de malades hospitalisés est à peu près stable depuis un mois, le nombre de patients en réanimation n’a pratiquement pas augmenté non plus. Il n’y a pas d’engorgement dans les hôpitaux français.

On est très loin des situations de crise que l’on a connues au printemps 2020 ou lors de l'hiver dernier.

Dans le détail, quelles sont les régions françaises les plus touchées?

13 départements français ont un taux d'incidence de plus de 100. Dont Paris, les Bouches-du-Rhône, mais aussi des départements ruraux comme le Maine et Loire, l'Ardèche, le Jura. L’Aube est le département qui connaît le moins de cas, la Lozère est celui qui en compte le plus. La Lozère est aussi un département ou le taux de vaccination est neuf point en dessous de la moyenne nationale.

C’est sûrement une explication mais elle ne suffit pas. On constate des disparités régionales très étonnantes. Il y a deux fois plus de cas en Vendée que dans le département voisin de la Charente-Maritime. Deux fois plus de cas dans les Ardennes que dans l'Aisne juste à côté. Pourquoi? Mystère et boule de gomme.

En tous cas, ces chiffres qui augmentent mais n’explosent pas, placent la France parmi les meilleurs élèves de l'Europe. Précisément 5e sur 53 pays. Seuls l'Espagne, l'Italie, le Portugal et la Suède ont un taux d’incidence inférieur au nôtre.

L'Europe qui est actuellement l’épicentre de l’épidémie

L'expression est du directeur de l’OMS pour l'Europe, Hans Kluge qui a annoncé le chiffre de 500.000 morts en Europe d’ici le mois de février prochain.

Actuellement lorsque 100 personnes sont contaminées par le virus dans le monde, 62 sont des Européens. 62% des cas alors que les européens représentent 10% de la population mondiale. Chaque jour, 250.000 personnes sont contaminées et l’on compte 3.600 morts par jour en Europe. Voilà les données qui justifient ce terme de l'épicentre de l'épidémie.

Sur le continent on distingue trois gros foyers, les pays baltes, l’Europe du sud-est autour de la Roumanie et de la Bulgarie, et un ensemble formé par le Royaume-Uni, l’Irlande, la Belgique et les Pays-Bas…

Le Royaume-Uni qui a connu la plus mauvaise situation d’Europe de l’Ouest ces dernières semaines. Avec un taux d’incidence huit fois plus élevé que le nôtre, un nombre de morts 5 ou 6 fois plus élevé qu’en France.

On l’explique par une levée de toutes les restrictions sanitaires à la mi-juillet et par une moindre efficacité du vaccin anglais l’AstraZeneca. Seule nouvelle encourageante, le pic en Grande-Bretagne semble être passé. Les nouvelles contaminations sont en baisse depuis un peu plus de 15 jours.

L'Allemagne traverse aussi une passe difficile…

L'Allemagne, bonne élève de l'Europe pendant les premières vagues est à son tour frappée de plein fouet. Pour la première fois depuis le tout début de la crise, le taux d’incidence a franchi hier le seuil de 200 pour 100.000 habitants.

Avec de grosses disparités régionales et un constat: les landers les plus touchés sont ceux où l'on a le plus manifesté contre les restrictions sanitaires et où le taux de vaccination est le plus faible. En gros les régions de l’ancienne Allemagne de l’est. En Saxe lundi, il a été décidé d'interdire l'accès aux stades et aux restaurants à ceux qui ne sont pas vaccinés.

Le ministre allemand de la Santé a estimé que son pays traverse actuellement une épidémie des non-vaccinés, et elle est massive a-t-il dit. Mais les chiffres sont aussi très mauvais en Belgique malgré un taux de vaccination qui est un des meilleurs d’Europe.

Au Danemark, on va rétablir le pass sanitaire deux mois seulement après l’avoir supprimé. Ce sont bien ces situations chez nos voisins qui justifient l'inquiétude des autorités françaises. Et l’intervention d'Emmanuel Macron ce soir.

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Nicolas Poincaré (avec J.A.)