RMC

Une génération sans tabac en 2030: un objectif réaliste?

EXPLIQUEZ-NOUS - Emmanuel Macron a présenté hier un plan de lutte contre le cancer. Il vise à parvenir à une génération sans tabac en 2030. Un objectif tenable?

Une génération sans tabac en 2030, c’est réaliste et c’est même assez probable. Ce que l’on appelle une génération sans tabac, c’est une génération avec moins de 5 % de fumeurs.

L’objectif avait déjà été fixé par Marisol Touraine, la ministre de la Santé de François Hollande il y a 6 ans. Elle voulait atteindre ce taux de 5% de fumeurs à 18 ans, en 2032. C’est à peu près la même ambition qui a été répétée jeudi par Emmanuel Macron.

Et c’est possible, si la tendance actuelle se poursuit. 50 % des jeunes de 18 ans fumaient en 1991. Ils sont 25% aujourd’hui. Pourquoi pas 5% dans une dizaine d’années.

Une tendance à la baisse

La tendance à la baisse de la consommation de tabac s’est accélérée depuis 2016, avec le plan choc anti-tabac. L’augmentation régulière des prix pour arriver aujourd’hui à 10 euros le paquet. Le paquet neutre, la promotion du mois sans tabac en novembre. Résultat, dans les deux ans qui ont suivi, on a compté en France un million 600.000 fumeurs de moins. La tendance est donc bien à la baisse, et même à l'accélération de la baisse.

Aujourd’hui, la France se divise aujourd’hui en trois tiers. Un tiers de fumeurs, 25% de fumeurs quotidiens et 7 % de fumeurs occasionnels. Un tiers d'anciens fumeurs, un tiers qui n’a jamais fumé.

Une augmentation de l’enveloppe consacrée à la prévention a été annoncée jeudi mais pas de plan précis de hausse du prix du tabac. On est aujourd’hui à 10,5 euros le paquet pour la marque la plus vendue, mais il n’y a plus de future augmentation programmée. Sans doute qu’en cette période de Covid, ce n’est le moment "d’emmerder les Français" pour reprendre l’expression de Georges Pompidou.

75.000 morts par an

Sauf que pour les spécialistes, c’est un scandale. Le professeur Dautzenberg qui dirige l’Alliance anti-tabac milite pour une augmentation d’un euro par an pour atteindre 15 euros le paquet dans 5 ans. Mesure indispensable pour atteindre cet objectif de 5% de fumeurs chez les jeunes dans 10 ans. Il faut, selon lui, augmenter les prix et faire des campagnes pour "dénormaliser" le tabac. Faire comprendre que ce n’est pas "normal" de s’empoisonner. Pas normal que l’on accepte 75.000 morts par an. C'est-à- dire autant que l'épidémie de coronavirus.

 Les taxes sur le tabac rapportent 14 milliards d'euros dont l’essentiel est versé à la sécurité sociale. Mais le tabac coûte 28 milliards par an à la sécu. Exactement le double.

A l’étranger, c’est en Australie que l’on est allé le plus loin dans la lutte contre le tabac. La base de la politique menée, c’est la hausse des prix. Il y a quatre ans, le paquet était à 16 euros. Il est monté progressivement à 27 euros, et il vient de faire encore un bond: désormais c’est 31 euros le paquet. Pour fumer un paquet par jour, il faut compter un budget annuel de 10.000 euros. 

Il est interdit de fumer dans les rues piétonnes, aux arrêts de bus, sur les plages de Sydney.

Dans le Queensland, il est question d'interdire la vente de tabac à ceux qui sont nés après 2001. Aujourd’hui ce sont les moins de 19 ans, mais dans 5 ans, ce sera les moins de 24 ans et dans dix ans les moins de 29 ans, et à terme le Queensland sera le premier État non-fumeur. C’est l’objectif affiché.

Mesures drastiques aux Etats-Unis

Les Etats-Unis ont aussi pris des mesures drastiques. Il y a un peu plus d’un an, en décembre 2019, Donald Trump avait fait voter une loi interdisant la vente de tabac aux moins de 21 ans. Loi fédérale avec effet immédiat dans tout le pays. 

Et la consommation des lycéens à chuter de façon spectaculaire. En revanche, le vapotage est en forte augmentation.

Aux Etats-Unis, il y a des immeubles non-fumeurs, et des villes où les rues sont non-fumeurs. Mais surtout, les Etats ont fait des procès aux industriels du tabac pour se faire rembourser les frais médicaux engendrés par le tabagisme. Et les vendeurs de cigarettes ont dû verser des milliards de dollars, en grande partie investis dans des campagnes anti-tabac à destination des jeunes.

Les Etats-Unis ont le même objectif que nous: une génération de non-fumeurs à l’horizon 2030.

Nicolas Poincaré