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Vaccin russe contre le Covid-19: pourquoi la communauté scientifique reste sceptique ?

La Russie est persuadée d'avoir trouvé le remède miracle contre le Covid-19. L'OMS reste elle prudente et la communauté scientifique s'étonne de la rapidité avec laquelle les autorités russes ont confectionné ce vaccin.

La planète terre, dévoré par un monstre en forme de virus, délivrée par un satellite nommé Spoutnik V. C’est par ce spot télévisé que Vladimir Poutine a dévoilé le vaccin russe contre le Covid-19: "Pour la première fois au monde un vaccin contre le coronavirus a été identifié. Il fonctionne avec précision formant des anti-corps et une immunité cellulaire durable. Je le sais parce que ma fille a été vaccinée", a assuré le président russe mardi.

Les essais cliniques ne sont pas terminés, mais Kirill Dmitriev, le directeur du fond souverain de Russie confirme que la production est déjà lancée: "Nous avons reçu des commandes préliminaires pour un milliard de doses. Nous avons établi des partenariats pour produire le vaccin dans cinq pays. Nous avons la capacité de produire 500 millions de vaccins dans les prochains mois".

En France, les scientifiques restent sceptiques. Le professeur Patrick Berche, membre de l’académie de médecine ne croit pas en l'efficacité du vaccin développé par l’état russe: "Tout cela ne paraît pas crédible. Nous ne connaissons pas la composition de ce vaccin, nous ne connaissons pas les essais cliniques. C'est en quelque sorte décréter qu'un vaccin est efficace et pas toxique sans l'avoir testé".

Trop précoce pour identifier d'éventuels effets secondaires ?

Même son de cloche du côté du CNRS où l'on déplore le manque de transparence dans la méthode scientifique: "On ne sait rien de ce vaccin, il n’y a rien de publié donc on croit ce que l’on veut bien nous dire. La communauté scientifique n’a pas eu accès aux données", explique sur BFMTV Yves Gaudin, virologue et directeur de recherche au CNRS.

"Quand bien même il y a un vaccin on est dans des stats très précoces. En temps normal on attend pour savoir si les gens sont réellement protégés et s’ils ne développent pas des effets secondaires à long terme. Et janvier, cela me paraît un peu rapide pour identifier des effets secondaires du vaccin sur la population", ajoute le chercheur.

De son côté, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) précise qu'elle discute avec les autorités russes en vue d'une éventuelle "pré-qualification" du vaccin, pour vérifier que celui-ci répond aux normes exigées par l'organisation. La Russie de son côté prévoit de mettre en vente son vaccin dès janvier 2021.

Benjamin Pelsy (avec Guillaume Dussourt)