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Les routiers français désemparés face aux chauffeurs de l'Est "qui vivent dans leur camion"

Un chauffeur routier roumain (photo d'illustration).

Un chauffeur routier roumain (photo d'illustration). - Daniel Mihailescu - AFP

Les ministres des Transports de neuf pays européens, dont la France, ont signé mardi à Paris une "alliance du routier", pour combattre la concurrence déloyale des entreprises de Pologne, Roumanie et Bulgarie, dont les chauffeurs sont largement moins payés que les nôtres et sont accusés de ne pas respecter la règlementation. RMC a recueilli les témoignages de routiers français désespérés.

On connait bien la peur du plombier polonais, un peu moins celle du routier polonais, roumain ou bulgare... Pourtant ces trois pays d’Europe de l’Est sont dans le viseur de neuf autres pays européen de l’Ouest, dont la France, l’Allemagne, l’Italie ou la Belgique. Leurs ministres des transports respectifs ont signé ce mardi à Paris une "alliance du routier" (cf. encadré en bas) pour lutter contre les pratiques déloyales des transporteurs de ces pays.

En Pologne, Roumanie ou Bulgarie, le salaire brut mensuel peut descendre jusqu’à 300 euros. A cause de ces salaires très bas au regard de la France, et du dumping social qui en découle, 21.000 emplois ont été détruits depuis 1999 dans notre pays, selon le Comité National Routier. Toujours selon le CNR, les faillites d'entreprises françaises dans le secteur ont augmenté de 35% depuis 2008.

"Ils se lavent au pied de leur camion"

RMC a recueilli le témoignage de Stéphane Bosi, qui dirige une entreprise de transport. Lui-même chauffeur routier à Vitrolles dans les Bouches-du-Rhône, il croise régulièrement ces chauffeurs des pays de l’Est sur les aires d’autoroute. "Ils vivent dans le camion, ils mangent dans le camion, ils dorment avec des matelas dans la remorque... Il m'est même arrivé de voir des camions ravitailleurs: ils se regroupent à 20 chauffeurs sur un parking et ils sont ravitaillés par un camion de la société, qui vient de je-ne-sais-où, pour leur amener de l'eau, de la nourriture et du café. C'est un truc de fou!"

"Ils ne font pas les temps de pause, ils ne respectent pas les temps de conduite, tout ce qui est obligatoire dans le transport français. On ne peut pas lutter avec ça, ce n'est pas possible".

"Le matin quand je commence ma tournée, j'en vois beaucoup au pied de leur camion en train de se laver, raconte également Loïc, chauffeur routier à Vitrolles. Nous on rentre à la maison le soir, on a moyen de se laver et de se changer. Eux, ils restent dans leur camion, sans rien, en attendant que leur patron les appelle. Cette concurrence me fait peur, oui".

"Ils sont incontrôlables"

Une concurrence qui fait beaucoup de mal à l’entreprise de transport de Michel Muscat, qui assure ne pas pouvoir lutter contre ces entreprises de l'Est "30 à 40% moins chères". "J'ai perdu du chiffre d'affaires à cause d'eux, se désespère-t-il. Je ne peux pas lutter et travailler à perte. J'ai dû licencier un de mes salariés, et je suis passé de 14 à 13 chauffeurs".

Michel Muscat est particulièrement inquiet, comme ses confrères, de voir des entreprises d’Europe de l’Est venir de plus en plus s’implanter sur les marchés du transport régional avec des petits camions de 3,5 tonnes. "Ils ont commencé à être présents au niveau international, puis ils sont arrivés sur le marché national, et maintenant on les voit même au niveau régional avec ces petits véhicules. Ils peuvent rouler le samedi, le dimanche. Ils ne sont pas contrôlables puisqu'ils n'ont pas de disque (sur lesquels sont inscrites les données du chauffeur, vérifiables par les autorités, NDR)". Les routiers français attendent maintenant des mesures concrètes pour éviter à terme de disparaître.

Les objectifs de "l'alliance du routier"

En lançant "l’Alliance du routier", ces neuf pays ont signé aujourd’hui un plan d’actions en 8 mesures poursuivant deux objectifs :

- Faire converger certaines mesures nationales d’application de la réglementation européenne pour faciliter leur application par les opérateurs et améliorer la vie des travailleurs ;

- Améliorer les pratiques de contrôle sur la base des expériences mutuelles et renforcer la coopération pour rendre plus efficace la lutte contre la fraude.

Philippe Gril avec Lionel Dian