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Un maire dévoile le nom de pollueurs de sa commune sur Facebook: "On a tout essayé"

Des agents municipaux ramassent des ordures

Des agents municipaux ramassent des ordures - JOEL SAGET / AFP

Des cartons en pagaille, des habits usés, de la paperasse abandonnée. Devant le dépôt sauvage de détritus dans sa commune, Jean-Philippe Vichard, maire de Breuil-le-Vert (Oise), a pris le parti de dénoncer le nom des pollueurs… sur Facebook. Une délation qui vise, selon l'édile, à la dissuasion. Il s'explique pour RMC.fr.

Jean-Philippe Vichard est maire de Breuil-le-Vert, une commune de 3.200 âmes.

"On a affaire à des gens qui vident leur maison, et qui choisissent de tout jeter sur la voie publique, plutôt que de tout porter à la déchetterie qui n'est qu'à 2 kilomètres de leur domicile, et est ouverte 6 jours sur 7. Ils ont vidé le contenu d'une camionnette, des objets hétéroclites, des habits, des factures, des papiers, tout ce qu'on n'a pas envie d'apporter à des colonnes de tri. Et tout ça sur le terrain de leurs voisins. C'est sympa pour les voisins…

"Si j'avais le droit de mettre une amende, je le ferais"

Plusieurs voisins ont vite identifié de qui ça venait. Le lendemain, on a fouillé dans les détritus avec la police municipale pour être certain de notre affaire. On les a identifiés. On n'a pas pu aller les voir, c'était dimanche, et ils étaient partis on ne sait où.

On a déjà tout essayé face au dépôt d'ordures sur la voie publique. On a essayé de ramener la "marchandise" chez les intéressés, dans d'autres situations on a dressé des PV d'infraction. Le procureur nous fait toujours le même coup. Il répond 10 mois après et constate que l'objet du litige a été régularisé, et qu'il n'y a pas de raison d'engager des poursuites.

Le maire n'a pas le droit d'apposer d'amende. Si j'avais le droit de mettre une amende de 300 balles je le ferais volontiers. Là, ce serait dissuasif. J'ai seulement le droit de déposer PV au tribunal de grande instance. Tout ce qui nous reste après, c'est le nettoyage.

"Qui doit culpabiliser ?"

En les dénonçant comme je l'ai fait sur Facebook, d'autres personnes mal intentionnées se diront que leur nom se retrouvera sur la place publique s'ils font de même. Les gens de la commune nous soutiennent ouvertement. Après tout qui doit culpabiliser? Ceux qui créent un dépotoir à la croisée de deux chemins ou le maire qui publie leurs noms?

L'avantage de notre commune de 3.200 habitants, nous avons un grand nombre de voisins vigilants qui ont mon numéro de téléphone. Dès qu'il se passe quelque chose, ils m'informent. Je suis prévenu en live. Après, ce ne sont pas des gens qui guettent depuis leur fenêtre… Le préfet a développé un réseau de voisins vigilants mais je n'ai pas souhaité y adhérer.

"On essaie de choquer les consciences"

En juillet, le repreneur d'un magasin a casé les anciennes vitrines et les a chargées dans son camion. Il les a bennées dans la rivière juste à côté de la ville voisine en espérant que ça ne se sache pas. On a vite identité l'auteur. On a fait un truc pas ordinaire, on lui a laissé 48 heures pour retirer son bazar, sans quoi on portait plainte, même si on sait que ça n'aboutira pas. Il a tout enlevé le lendemain matin.

Dans la commune voisine de Laigneville, confronté à des cas similaires, le maire a pris l'option de déposer les détritus devant le domicile de l'auteur des faits. Mais dans ce cas, soit on remet tout sur la voie publique, soit sur sa propriété, et il va se réserver le droit de porter plainte, et là le procureur va instruire. Comme il n'y a pas de réponse pénale possible, on essaye de choquer les consciences."

Propos recueillis par Paul Conge