RMC

Violences sur les pompiers: "on ne meurt plus à cause du feu, mais on est blessé par les gens"

-

- - AFP

Ce mardi soir à Nice, des pompiers se sont fait caillasser sur le lieu d'une intervention. Entre 2010 et 2015, les violences volontaires envers les soldats du feu ont augmenté de 20%. Une violence croissante ressentie par Jérôme, pompier dans le sud de la France.

Jérôme est pompier depuis 19 ans, il a commencé en tant que pompier volontaire à l'âge de 16 ans:

"J'ai déjà été agressé, pris à partie, insulté. Sur les réseaux sociaux aussi, on nous menace de mort. Maintenant on ne meurt plus à cause du feu, mais on est blessé par les gens. Nous, en zone semi-rurale, on arrive souvent avant la police, donc on est en première ligne. Le feu, on le maîtrise mieux qu'une personne.

Moi j'ai commencé à travailler dans un petit village, on a dû avoir une incivilité pendant 5-6 ans. Mais là, c'est régulier. On se fait prendre à parti. Il n'y a pas de respect.

On s'est fait agresser au couteau par un schizophrène que l'on venait aider! On s'est aussi fait caillasser le soir des attentats contre Charlie Hebdo, des individus avaient mis le feu à un appartement. On est passé sous des boucliers pour aller éteindre un feu. C'était une guérilla urbaine. Les gens sont perdus, ils n'ont plus de repères. Nous on ne représente plus rien, on fait seulement rêver au 14-Juillet. 

"On reçoit toute la société en pleine face"

Les agressions c'est devenu normal. D'ailleurs, les agressions sur les pompiers, on n'en parle pas dans les grands médias. A Nice, les pompiers se font caillasser, mais on n'en parle pas. La société est devenue comme ça. Nous, on reçoit tous les dommages et on ne peut pas se défendre. On reçoit toute la société en pleine face.

Le métier de pompier, ça faisait rêver! Mais là, la société est devenue tellement violente... On sent les gens dans la détresse, on sent qu'il y a un ras-le-bol général. On en arrive à avoir une démotivation, à se demander ce qu'il va encore nous arriver quand on part au travail. Mais on aime ce métier, et il y a des gens qui ont besoin de nous. Aujourd'hui dans n'importe quelle ville, on peut se faire insulter.

Et nous on n'a pas trop le droit de pousser des coups de gueule sinon notre administration se retourne contre nous, on doit se taire. Maintenant je n'ai plus peur, mais il va falloir qu'on se défende à force de se faire agresser. Ça va forcément déborder à un moment. Forcément qu'on a peur quand on arrive chez des gens et qu'on ne sait pas qui on trouve".

Propos recueillis par Paulina Benavente