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"C'est déjà demain": le gouvernement ouvre la voie de la reconnaissance faciale dans la vidéosurveillance

Le gouvernement a annoncé le lancement d'une expérimentation de la reconnaissance faciale dans la vidéo-surveillance. L'idée est d'utiliser cette technologie pour détecter automatiquement des personnes dans les espaces publics.

Le gouvernement vient d’annoncer que la France allait lancer une expérimentation de la reconnaissance faciale dans la vidéo surveillance, une annonce passée un peu inaperçue, un 24 décembre. Dans Le Parisien, le secrétaire d’Etat au numérique Cédric O révèle que la France va tester la reconnaissance faciale dans la vidéo-surveillance et utiliser ces technologies à base d’intelligence artificielle pour détecter automatiquement des personnes dans les espaces publics, comme "une gare". 

L’idée c’est de mesurer l’efficacité réelle de ces technologies de voir quels problèmes, quelles questions, elles posent à l’usage pour dépasser les fantasmes, mais le secrétaire d’Etat en dit pas beaucoup plus. L’expérience devrait durer entre 6 mois et un an mais la date de début n’est toujours pas fixée. Et cette expérience sera supervisée par “la société civile et des chercheurs”, mais ce comité n’a pas encore été formé

Problème de légalité

Le récent règlement général sur la protection des données (RGPD) autorise l’utilisation de cette technologie uniquement sur des gens qui ont donné leur consentement. On pourra donc tester la reconnaissance faciale, uniquement avec des volontaires. D’ailleurs 5000 d’entre eux ont participé à un test grandeur nature en France, le tout premier du genre, en février dernier, au carnaval de Nice, 

Et d’après le rapport du maire Christian Estrosi, les résultats étaient bluffant ! Il assure que le logiciel a reconnu chaque visage scanné même en mouvement, même de profil, même avec une casquette et en temps réel. Ils ont même identifié une personne à partir d’une photo prise il y a 40 ans!

Vers une généralisation ?

La reconnaissance faciale reste toujours très encadrée par la loi. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), donne des autorisations au cas par cas. Par exemple la reconnaissance faciale dans les lycées: c’est non. Au printemps dernier des lycées à Marseille et à Nice prévoyait d’installer des portiques à reconnaissance faciale pour filtrer les gens qui ne font pas partie de l’établissement 

Tout était prêt, Cisco fournissait gratuitement la techno mais la CNIL a mis son veto trouvant ces moyens de surveillances sur des mineurs disproportionnés par rapport à l’enjeu.

Un changement dans la loi ?

Le maire de Nice, Christian Estrosi, plaide pour un changement de loi avant les Jeux Olympiques de Paris en 2024. La CNIL et le secrétaire d’état au numérique, eux, veulent d’abord un débat public. Du coup, les résultats du test devraient être déterminants

Aux Etats-Unis et en Chine, où on fait de la reconnaissance faciale à échelle industrielle, des études remettent déjà en cause son efficacité. Par exemple, les noirs et les asiatiques seraient identifiés par erreur, cent fois plus souvent que les blancs. Et avec de simple masques, il serait facile de tromper les logiciels.

Nina Godart