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Présidentielle: "un certain nombre de facteurs ont contribué à rendre cette élection à nulle autre pareille"

Corruption, conflits d’intérêts, financement illégal de campagne électorale ou de parti politique, abus de bien social, enrichissement personnel… Ces derniers temps ces mots sont régulièrement accolés à la vie politique française. Au-delà de l'affaire Fillon, cette élection présidentielle est-elle une élection comme les autres? Eléments de réponse.

Jean Petaux est ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, et co-auteur de Figures et institutions de la vie politique française.

"Ce que je constate, c'est que l'on est en présence d'un casting de candidats que je trouve, et je l'assume, assez médiocres, des seconds couteaux. J'ai beaucoup de respect pour les élections législatives mais, selon moi, on est plutôt dans un casting de législatives que de présidentielle. Et pas de la meilleure circonscription qu'il soit… De même, je pense que l'on a aussi un certain nombre de facteurs lourds qui ont contribué à rendre cette élection à nulle autre pareille:

  • Le fait que le président de la République sortant ne se représente pas pour défendre son bilan. C'est une première, indépendamment des deux cas exceptionnels que sont le général de Gaulle et Georges Pompidou. Et d'une certaine façon je crois que cela pèse dans le déroulement de la campagne.
  • Je pense aussi les primaires sont un dévoiement des institutions de la Vème République. C'est une invention conçue, en 2006, par le Parti socialiste qui se sentait à la dérive. La droite a cru intelligent, en 2016, de faire la même chose. Résultat des courses, les primaires ont à la fois asphyxié, saturé le débat et produit deux candidats qui ne sont pas du tout des candidats de premier choix, en mesure d'être des vrais candidats à la présidentielle. En clair, nous avons un premier tour avec les primaires et un second avec l'élection présidentielle.

Quelque part le néolibéralisme, tel qu'on l'a vu dans les conséquences d'une globalisation à outrance, à générer une individualisation des comportements et des actions excessives. Ce qui fait qu'aujourd'hui toutes les institutions sont remises en cause. C'est donc très compliqué de diriger des sociétés avec un Etat fragilisé quand tous les individus estiment avoir des droits exorbitants, propres à leur statut. (…)

Je crois beaucoup aux cycles et actuellement je pense que l'on est dans une période de temps faible. Mais je pense, du moins je l'espère, que les choses vont revenir (à la normale) sur d'autres enjeux".

M.R avec Roselyne Bachelot