RMC

"Ce sont les 1ères minutes qui sont importantes, car ces gens-là n’ont rien à négocier": ces protocoles de police modifiés après l'attentat du Bataclan

Il affirme qu'après les attentats, de nombreux protocoles de police ont été modifiés.

C’est un procès très attendu et d’une ampleur quasiment jamais vu qui s’ouvrira le 8 septembre devant la Cour d’assises spéciale de Paris. Le procès des attentats du 13 Novembre 2015 va durer près de neuf mois avec un verdict attendu pour le 25 mai 2022.

>> A LIRE AUSSI - Attentat de Nice en 2016: ce que l'on sait du complice présumé de l'assaillant arrêté en Italie

Parmi les personnes qui seront interrogées au cours de ce procès Georges Fenech, président de la commission d’enquête parlementaire sur le 13-Novembre. Invité sur le plateau des "Grandes Gueules" ce jeudi, il estime que ce procès est d’une importance capitale.

“Je pense que c’est très important pour les familles, pour les victimes, et même pour la France entière. Je crois que ce sera l’occasion indépendamment du jugement qui est le jugement des auteurs, des assassins et des complices, que ce sera l’occasion de comprendre comment ces individus qui étaient connus des services de renseignement; fichés, certains surveillés, contrôlés, ont-ils pu agir de cette manière, comment ont-ils pu se déplacer avec une certaine facilité dans toute l’Europe. Est-ce qu’il n’y avait pas des failles, des dysfonctionnements?”, explique-t-il.

Un acte héroïque

Des dysfonctionnements qui ont déjà été pointés du doigt par la commission d’enquête parlementaire. Et Georges Fenech assure que des enseignements ont été tirés et un grand nombre de dispositifs ont été changés. Il cite d’ailleurs un exemple.

“Devant le Bataclan, il y avait, dès les premières minutes, des militaires et la BAC 94. Sauf que, à l’époque, il y avait un protocole qui consistait à dire vous sécuriser le périmètre, mais vous n’entrez pas en milieu confiné, ce n’est pas votre rôle, il faut attendre l’arrivée des forces d’élite comme la BRI. Mais les policiers qui étaient là entendaient bien les tirs à l’intérieur et donc sentaient qu’il y avait un problème quand même, qu’il fallait intervenir. Sauf qu’ils n’étaient ni formés, ni équipés, ni avaient le droit d’entrer. 
C’est pour ça qu’ils s’adressent à la force sentinelle présente devant la salle. Il interroge la préfecture de Paris en demandant de donner l’ordre d’engager le feu. Réponse immédiate, négatif, les militaires n’engagent pas le feu sur le territoire national, nous ne sommes pas en état de guerre. Donc, en désespoir de cause, ils demandent aux militaires de leur prêter leurs armes, ce qu’ils refusent également”, détaille-t-il.

Des protocoles modifiés

Il raconte alors l’acte héroïque d’un commissaire qui est toujours resté anonyme et de son chauffeur.

“Les deux hommes se connaissent bien. Et lors de leur audition à la commission d’enquête, ils nous disent nous on est là pour protéger les gens. Et protocole ou pas ils décident d’enfreindre le protocole et au risque de leur vie, ils entrent avec leurs armes de poing. Et c’est là qu’ils découvrent le spectacle hallucinant de tous ces corps enchevêtrés accompagnés d’un silence total. Sur scène, ils aperçoivent Sami Amimour, l’un des trois assaillants qui ordonnent à un des spectateurs de venir s’agenouiller sur scène. L
es deux policiers qui font du tir ensemble, à 25 mètres de distance, prennent leurs appuis sur le comptoir et ils tirent sur Sami Amimour et l'abattent. L’assaillant a le temps en s’effondrant d'enclencher sa ceinture d’explosifs. Mais à partir de ce moment-là, il y a eu un effet de sidération comme disent les policiers et il n’y a plus eu un seul mort après l’intervention du commissaire X. Ce sont les premières minutes qui sont importantes, car ces gens-là n’ont rien à négocier”, conclut-il.

C’est grâce à cet acte que les autorités ont compris la nécessité d’intervenir tout de suite et le protocole a été modifié. Désormais les primo-intervenants, c’est-à-dire les BAC, les gendarmes, sont formés et entraînés par le GIGN, le RAID, équipés avec des armes longues, boucliers et casques, et en capacité d’entrer. “

Guillaume Descours